Élise Lucet et Profit Rex : ce que l'on sait de l'arnaque crypto à son image
En février 2024, de faux contenus ont associé Élise Lucet à un robot de trading baptisé Profit Rex. Aucune trace d'un soutien de la journaliste n'existe, et le procédé correspond à une arnaque décrite par l'AMF.
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En février 2024, des contenus diffusés en ligne ont prêté à Élise Lucet, qui présente Cash Investigation depuis 2012 et Envoyé spécial depuis 2016 sur France 2, une fortune bâtie grâce à une plateforme de trading automatique baptisée « Profit Rex ». Aucune déclaration de la journaliste en faveur d'un tel service n'a été retrouvée. Le schéma, lui, est bien connu des autorités : l'usurpation de l'image d'une personnalité pour attirer des épargnants vers une plateforme frauduleuse.
Ce que promettaient les contenus au nom de Profit Rex
Selon le récit publié à l'époque, le scénario suivait plusieurs étapes. Un faux article ou une vidéo sur les réseaux sociaux affirmait qu'Élise Lucet avait révélé, au cours d'une émission, le secret de sa richesse : un algorithme capable d'anticiper les variations du marché des cryptomonnaies. Le lien menait vers un site présenté comme un robot de trading entièrement automatisé, avec des témoignages d'utilisateurs comblés.
Le visiteur était invité à s'inscrire et à verser un premier dépôt, de l'ordre de 250 euros, pour « activer » le robot. Un prétendu conseiller rappelait ensuite pour pousser à investir davantage. Selon le schéma décrit par l'article d'origine, le solde affiché finissait par baisser et les retraits devenaient impossibles.
Aucun communiqué d'Élise Lucet ou de France Télévisions consacré à Profit Rex n'a été retrouvé. Les captures et les URL des publicités de l'époque ne sont pas disponibles : le détail de cette campagne ne peut donc pas être vérifié auprès d'une source primaire. Les étapes décrites correspondent en revanche trait pour trait au mode opératoire documenté par l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Un mode opératoire décrit par l'AMF
Dans sa page consacrée aux arnaques les plus courantes, mise à jour le 21 février 2025, l'AMF écrit :
« Les escrocs peuvent aussi usurper l'identité de personnalités publiques, de journaux ou de chaines d'informations renommées notamment avec l'utilisation de l'intelligence artificielle. »
Le régulateur décrit précisément les faux articles où des personnalités auraient « dévoilé par erreur leur secret pour faire beaucoup d'argent » au cours d'une émission. Il ajoute que l'intelligence artificielle, « notamment à travers le deepfake », rend ces contenus plus difficiles à détecter.
Le phénomène dépasse la France. Le FBI a publié le 3 décembre 2024 une alerte sur l'usage de l'IA générative pour fabriquer des vidéos promotionnelles fictives au service de fraudes à l'investissement. Parmi les indices d'une vidéo générée, il cite les visages flous ou irréguliers, les mouvements peu naturels et les décalages entre la voix et les lèvres.
Profit Rex, Immediate Eurax, Nearest Edge : ce que disent les listes noires
Ces robots changent souvent de nom et de domaine. L'AMF publie des listes noires de sites non autorisés, également disponibles en données ouvertes sur data.gouv.fr. Dans l'export du 2 octobre 2026, aucune entrée ne porte les noms Profit Rex, Nearest Boost ou Nearest Edge. Deux domaines liés au nom Eurax y figurent dans la catégorie crypto-actifs : immediateeuraxai.org, inscrit le 22 mars 2024, et tradeeurax.com, inscrit le 7 octobre 2024, comme le confirme la liste noire crypto-actifs du 28 septembre 2026.
L'absence d'un nom sur ces listes ne vaut pas autorisation. L'AMF précise que ses listes ne peuvent pas être exhaustives et renvoie à la vérification des agréments. Une plateforme qui propose des services sur crypto-actifs en France doit être agréée ; un robot présenté sous un nom de marque, sans société identifiable ni agrément, n'offre aucune garantie.
Les signaux d'alerte listés par le régulateur
Dans sa fiche sur les signes qui doivent mettre la puce à l'oreille, publiée le 21 novembre 2024, l'AMF relève notamment :
- des promesses de gains rapides et élevés, présentés comme sans risque ;
- un interlocuteur qui contacte par les réseaux sociaux ou une messagerie, refuse de nommer sa société et presse de décider ;
- la demande d'installer un logiciel de prise de contrôle à distance comme AnyDesk ;
- des virements vers des comptes étrangers ou au nom d'une personne physique ;
- un site sans mentions légales, souvent sous une extension en .ai, .io ou .pro.
Ce qui s'est passé depuis
Meta a annoncé le 21 octobre 2024 tester la reconnaissance faciale pour repérer les publicités « celeb-bait », qui exploitent l'image de personnalités pour mener vers des sites d'arnaque, notamment dans l'Union européenne. Le visage figurant dans une publicité suspecte est comparé à celui de la personnalité publique, et les données faciales générées pour cette comparaison sont aussitôt supprimées.
Côté réglementation, l'article 50 du règlement européen sur l'IA impose depuis le 2 août 2026 aux déployeurs d'un système d'IA produisant un hypertrucage d'indiquer que le contenu a été généré ou manipulé artificiellement. Cette obligation vise les utilisateurs déclarés de ces outils ; elle n'empêche pas les escrocs, qui agissent hors de tout cadre légal, de continuer à diffuser de fausses vidéos.
Sources
- Quelles sont les arnaques les plus courantes ?Autorité des marchés financiers · Régulateur · primaire · 21 février 2025
- Arnaques : les signes qui doivent vous mettre la puce à l'oreilleAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire · 21 novembre 2024
- Victime d'une arnaque : comment déposer plainteAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire
- Listes noires des sociétés et sites non autorisésAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire
- Liste noire des sites non autorisés : crypto-actifsAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire · 28 septembre 2026
- Listes noires des entités non autorisées à proposer des produits ou services financiers en FranceAMF (data.gouv.fr) · Régulateur · primaire · 2 octobre 2026
- Criminals Use Generative Artificial Intelligence to Facilitate Financial FraudFBI Internet Crime Complaint Center (IC3) · Source officielle · primaire · 3 décembre 2024
- Testing New Ways to Combat Scams and Help Restore Access to Compromised AccountsMeta · Source officielle · primaire · 21 octobre 2024
- Article 50 : obligations de transparence (règlement (UE) 2024/1689)artificialintelligenceact.eu · Document · primaire
- Pré-plainte en ligneMinistère de l'Intérieur · Source officielle · primaire
- Élise LucetWikipédia · Source
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