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Pump and dump crypto : fonctionnement, signaux d'alerte et cadre légal

Le pump and dump consiste à gonfler artificiellement le cours d'un jeton peu échangé, puis à le revendre au prix fort aux acheteurs attirés par la hausse. Régulateurs et chercheurs ont documenté le mécanisme, qui constitue une manipulation de marché interdite dans l'Union européenne.

Publié le
· mis à jour le 11 septembre 2025
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6 sources
pump and dump

Une vieille fraude boursière transposée aux cryptomonnaies

Le pump and dump (« gonfler puis lâcher ») précède largement les cryptomonnaies. Dans un avis publié en février 2018, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), régulateur américain des marchés dérivés, rappelle que cette fraude était autrefois l'affaire des « boiler rooms ». Ces officines vantaient des actions de petites sociétés, les penny stocks, en promettant des percées technologiques ou des fusions imaginaires. Une fois le cours monté, elles vendaient leurs titres, le prix s'effondrait et les investisseurs restaient avec des actions presque sans valeur.

Selon la CFTC, la même fraude vise désormais des cryptomonnaies peu connues et peu échangées. Les organisateurs n'ont plus besoin de démarcheurs : ils agissent de façon anonyme et font la promotion des jetons sur les réseaux sociaux et les messageries. Certains groupes comptent plusieurs milliers de membres.

Les étapes d'un pump and dump

L'étude la plus détaillée sur le sujet a été présentée au symposium USENIX Security de 2019 par Jiahua Xu (EPFL) et Benjamin Livshits (Imperial College London). Les auteurs ont analysé 412 opérations organisées sur Telegram entre le 17 juin 2018 et le 26 février 2019. Ils décrivent un déroulé presque toujours identique.

Recrutement et annonce

L'organisateur crée un canal ou un groupe Telegram public et recrute des membres en publiant des liens d'invitation sur des forums comme Bitcointalk ou Reddit. Une fois le groupe suffisamment fourni, en général au-delà de 1 000 membres, il annonce plusieurs jours à l'avance la date, l'heure et la plateforme d'échange de la prochaine opération. Il demande aux membres de déposer à l'avance des fonds sur cette plateforme, le plus souvent en bitcoins.

Le « pump »

À l'heure dite, l'organisateur dévoile le nom du jeton, souvent sous forme d'image pour empêcher la lecture automatique par des logiciels. Les consignes sont connues : acheter vite, faire la promotion du jeton sur les réseaux sociaux pour attirer des acheteurs extérieurs, conserver le jeton quelques minutes, vendre par petits morceaux. Selon l'étude, le prix peut être multiplié plusieurs fois dès la première minute.

Le « dump »

Quelques minutes après le début, parfois quelques dizaines de secondes, le cours atteint son sommet. À la première baisse, les participants vendent dans la panique et le prix revient rapidement à son niveau de départ, parfois plus bas. Dans l'exemple cité par la CFTC, le cycle complet d'achat et de vente a duré moins de huit minutes. L'organisateur publie ensuite un bilan qui ne retient que le prix de départ et le prix maximal, ce qui donne aux nouveaux venus l'illusion d'opérations très rentables.

Qui gagne, qui perd

Les organisateurs achètent le jeton avant l'annonce et le revendent pendant la hausse. Les chercheurs ont mesuré une hausse anormale des cours dans l'heure précédant de nombreuses opérations, signe d'achats anticipés par des initiés. Ils estiment que les organisateurs ont réalisé un bénéfice net de 199,52 BTC, soit environ 1,1 million de dollars à l'époque, sur 348 opérations de leur échantillon, avec un rendement moyen de 18 % pour les initiés.

Le marché étant à somme nulle, ce gain correspond à des pertes du même ordre chez les autres participants, selon les auteurs. Les membres qui achètent après l'annonce paient un prix déjà gonflé et sont, d'après l'étude, les victimes finales du mécanisme. La CFTC fait le même constat : ceux qui tirent les ficelles sortent les premiers et les autres se bousculent pour vendre avant de perdre leur mise.

Certaines plateformes d'échange y participent elles-mêmes. L'étude indique que Yobit a ouvertement organisé des pumps à plusieurs reprises. Une plateforme peut y gagner de trois façons : revendre au prix fort des jetons achetés avant l'opération, encaisser des frais sur un volume en forte hausse et exploiter sa connaissance des ordres de ses clients.

Les jetons visés et les signaux d'alerte

Les organisateurs choisissent des jetons à faible capitalisation, faciles à faire bouger avec peu de capitaux. Dans l'échantillon étudié, la moitié des jetons visés avaient une capitalisation inférieure à 100 BTC. Le cas détaillé par les chercheurs, le jeton BVB, n'était même pas référencé sur CoinMarketCap et son code n'avait plus été mis à jour depuis un an.

La CFTC et l'étude USENIX relèvent plusieurs signaux récurrents :

  • une hausse brutale du prix d'un jeton jusque-là peu échangé, accompagnée d'une explosion du volume ;
  • des messages de compte à rebours et des appels à acheter dans des groupes Telegram ou Discord ;
  • de fausses nouvelles évoquant l'investissement d'une personnalité de la tech ou un partenariat avec une banque, un grand distributeur ou un émetteur de cartes de paiement ;
  • des promesses de gain rapide et des messages qui créent un sentiment d'urgence.

Les deux messageries jouent un rôle central. Les chercheurs ont constaté que tous les groupes actifs trouvés sur Discord étaient aussi présents sur Telegram, le nombre de participants étant la clé du succès d'une opération. Plus de la moitié des canaux recensés étaient inactifs depuis un mois au moment de l'étude, signe d'organisateurs qui effacent leurs traces et ouvrent de nouveaux canaux pour attirer des débutants.

Dans son avis, la CFTC recommande de ne pas acheter un jeton sur la foi d'un conseil reçu sur les réseaux sociaux ou d'une hausse soudaine, et rappelle qu'aucune stratégie d'investissement n'est garantie.

Une pratique illégale, aux États-Unis comme en Europe

La CFTC rappelle qu'elle dispose d'un pouvoir général de lutte contre la fraude et la manipulation sur les marchés au comptant des monnaies virtuelles, considérées comme des matières premières. La Securities and Exchange Commission (SEC) poursuit de son côté les manipulations portant sur des crypto-actifs vendus comme des titres financiers.

Le 9 octobre 2024, la SEC a annoncé des poursuites pour fraude contre trois sociétés se présentant comme teneurs de marché, ZM Quant, Gotbit et CLS Global, et contre neuf personnes. Selon le régulateur, des promoteurs de jetons payaient ces sociétés pour une « manipulation de marché à la demande » : des échanges fictifs entre comptes liés (wash trading) qui simulaient un marché actif. Leurs algorithmes ont parfois généré des quadrillions de transactions et des milliards de dollars de volume artificiel par jour. Deux de ces sociétés ont manipulé le marché d'un jeton créé à la demande du FBI dans le cadre d'une enquête parallèle, et le parquet fédéral du Massachusetts a engagé des poursuites pénales le même jour.

Dans l'Union européenne, le règlement (UE) 2023/1114 sur les marchés de crypto-actifs, dit MiCA, est entré en vigueur en juin 2023 et s'applique pleinement depuis décembre 2024, selon l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA). Son article 91 dispose qu'« il est interdit de se livrer ou de tenter de se livrer à des manipulations de marché ». Le texte vise notamment les ordres qui donnent des indications fausses ou trompeuses sur l'offre, la demande ou le prix d'un crypto-actif, la diffusion de rumeurs et les ordres « visant à initier ou à exacerber une tendance ». Il couvre aussi le fait de recommander un crypto-actif après avoir pris position, sans déclarer ce conflit d'intérêts.

L'article 92 impose aux professionnels qui organisent ou exécutent des transactions sur crypto-actifs de disposer de systèmes pour prévenir et détecter les abus de marché. Ils doivent déclarer sans retard à l'autorité compétente tout ordre ou toute transaction suspects. En France, cette autorité est l'Autorité des marchés financiers.

Sources

  1. Customer Advisory: Beware Virtual Currency Pump-and-Dump SchemesCommodity Futures Trading Commission (CFTC) · Régulateur · primaire · 14 février 2018
  2. The Anatomy of a Cryptocurrency Pump-and-Dump SchemeUSENIX Association · Document · primaire · 14 août 2019
  3. The Anatomy of a Cryptocurrency Pump-and-Dump Scheme (texte intégral)USENIX Association · Document · primaire · 14 août 2019
  4. SEC Charges Three So-Called Market Makers and Nine Individuals in Crackdown on Manipulation of Crypto Assets Offered and Sold as SecuritiesSecurities and Exchange Commission (SEC) · Régulateur · primaire · 9 octobre 2024
  5. Règlement (UE) 2023/1114 sur les marchés de crypto-actifs (MiCA)Journal officiel de l'Union européenne · Régulateur · primaire · 9 juin 2023
  6. Markets in Crypto-Assets Regulation (MiCA)ESMA · Régulateur · primaire

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