Split et merge sur Polymarket : comment fonctionne l'arbitrage entre YES et NO
Les fonctions split et merge de Polymarket transforment 1 dollar de collatéral en une paire de jetons YES et NO, et inversement. L'arbitrage présenté en décembre 2025 comme sans risque se heurte aux frais, à l'exécution et à l'interdiction du site en France.
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En décembre 2025, une « stratégie Split/Merge » circulait sur les réseaux sociaux comme un moyen de gagner de l'argent sans risque sur Polymarket. Elle repose sur deux opérations bien réelles du protocole, décrites dans la documentation officielle de Polymarket. Leur fonctionnement explique pourquoi un écart de prix entre le YES et le NO peut exister, mais aussi pourquoi il rapporte bien moins que promis. Polymarket n'est par ailleurs pas autorisé en France.
Ce que font split et merge sur Polymarket
Polymarket s'appuie sur le Conditional Token Framework (CTF), un standard ouvert développé par Gnosis et publié sur son dépôt GitHub. Chaque marché binaire compte deux jetons de résultat au format ERC-1155 : un jeton YES, qui vaut 1 dollar si l'événement se produit, et un jeton NO, qui vaut 1 dollar dans le cas contraire. Selon la documentation, chaque paire YES et NO est adossée à exactement 1 dollar de collatéral bloqué dans les contrats CTF.
Trois opérations permettent de passer du collatéral aux positions :
- Split : 1 unité de collatéral devient 1 jeton YES et 1 jeton NO. La page de gestion des positions donne l'exemple de 100 pUSD transformés en 100 YES et 100 NO.
- Merge : l'opération inverse. Une quantité égale de YES et de NO est rendue contre le même montant de collatéral.
- Redeem : après la résolution du marché, les jetons gagnants sont échangés contre 1 dollar chacun.
Le collatéral n'est plus directement l'USDC. La plateforme utilise désormais le pUSD, un jeton ERC-20 sur Polygon adossé à l'USDC, que la documentation consacrée au pUSD décrit comme une enveloppe représentant une créance en USDC, convertible dans les deux sens par des contrats dédiés. Les deux opérations se font sur la blockchain et nécessitent d'avoir autorisé un contrat adaptateur à manipuler le collatéral ou les jetons.
L'arbitrage split/merge : la logique
Puisqu'une paire YES et NO vaut toujours 1 dollar à l'échéance, la somme de leurs prix devrait rester proche de 1 dollar. Quand ce n'est pas le cas, deux montages sont possibles :
- si un acheteur paie plus de 1 dollar au total pour un YES et un NO, il est possible de créer la paire par split pour 1 dollar puis de vendre les deux jetons séparément ;
- si les deux jetons peuvent être achetés pour moins de 1 dollar au total, il est possible de les acheter puis de les fusionner par merge pour récupérer 1 dollar.
L'exemple diffusé en décembre 2025 prenait un YES à 0,63 dollar et un NO à 0,41 dollar, soit 1,04 dollar : 1 000 paires créées par split puis revendues rapporteraient 1 040 dollars pour 1 000 investis, soit 40 dollars d'écart brut. Ce calcul omet plusieurs éléments.
Pourquoi le gain n'est ni facile ni sans risque
Le prix affiché n'est pas le prix d'exécution
Le prix affiché sur Polymarket est le point médian entre la meilleure offre d'achat et la meilleure offre de vente, et le dernier prix échangé si l'écart dépasse 10 cents, selon la page consacrée au carnet d'ordres. Un vendeur reçoit le prix de la meilleure offre d'achat, pas le prix affiché. Deux prix affichés dont la somme dépasse 1 dollar ne signifient donc pas qu'un gain existe. Les quantités disponibles à ces prix limitent aussi la taille de l'opération.
Le moteur d'appariement fait déjà ce travail
Le carnet d'ordres de Polymarket est hybride : un opérateur apparie les ordres hors chaîne, puis le règlement se fait par contrats intelligents. La documentation précise qu'un ordre d'achat de YES à 0,60 dollar et un ordre d'achat de NO à 0,40 dollar sont appariés directement : 1 dollar est converti en un YES et un NO, chacun remis à son acheteur. Les ordres complémentaires se croisent donc sans intervention extérieure, et les écarts qui subsistent sont recherchés par des programmes automatisés.
Les frais absorbent l'essentiel de l'écart
Au 3 octobre 2026, la grille de frais officielle prévoit des frais pour les preneurs (ordres exécutés immédiatement) sur la plupart des catégories de marchés, selon la formule frais = nombre de parts × taux × p × (1 − p), où p est le prix. Le taux est de 0,07 pour les marchés crypto, de 0,04 pour la politique, la finance ou la tech, de 0,05 pour le sport et plusieurs autres catégories. Les marchés de géopolitique sont sans frais, et les ordres qui restent dans le carnet (makers) ne paient jamais de frais.
Appliquée à l'exemple de décembre 2025 sur un marché crypto, avec deux ventes immédiates, la formule donne environ 16,32 dollars de frais pour les 1 000 YES vendus à 0,63 dollar et 16,93 dollars pour les 1 000 NO vendus à 0,41 dollar. Sur les 40 dollars d'écart, il resterait environ 6,75 dollars, avant les frais de transaction sur Polygon. Sur un marché politique, les frais atteindraient environ 19 dollars. Le montage reste exposé à un risque d'exécution : si une seule des deux ventes aboutit, le détenteur conserve une position ouverte sur l'issue de l'événement.
Les marchés à plusieurs issues suivent d'autres règles
Les événements à plusieurs issues dont une seule peut gagner utilisent un mécanisme dit de « negative risk » et un adaptateur distinct. D'après la documentation sur ces marchés, un jeton NO d'une issue peut y être converti en un jeton YES de chacune des autres issues. Le raisonnement simple « YES + NO = 1 dollar » ne suffit pas à décrire ces marchés.
Polymarket est interdit en France
L'Autorité nationale des jeux (ANJ) considère les sites de prédiction comme des offres de jeux d'argent non autorisées en France. Dans un communiqué du 17 juillet 2026, elle indique avoir examiné dès novembre 2024 l'offre d'Adventure One QSS Inc., la société qui exploite polymarket.com. Après une première intervention, la société avait mis en place un blocage géographique des transactions depuis la France, contourné en pratique selon l'ANJ. En février 2026, l'autorité a rappelé que ces sites sont illégaux en France. Le 16 juillet 2026, sa présidente a ordonné aux fournisseurs d'accès à internet de bloquer le site. Le communiqué rappelle que la publicité pour une offre de jeux non autorisée est passible de 100 000 euros d'amende.
La liste des restrictions géographiques publiée par Polymarket classe la France parmi les juridictions en « close-only » pour raisons réglementaires : les utilisateurs concernés peuvent clôturer des positions existantes, mais pas en ouvrir de nouvelles, sur le site comme sur l'API. L'article d'origine citait des interfaces tierces permettant de contourner ce blocage ; leur usage depuis la France revient à accéder à une offre de jeux d'argent illégale.
Ce qui s'est passé depuis
Depuis décembre 2025, trois éléments ont modifié la situation décrite à l'époque. Le collatéral des marchés est désormais le pUSD, adossé à l'USDC, selon la documentation. Des frais pour les preneurs s'appliquent à la plupart des catégories, d'après la grille consultée le 3 octobre 2026. Enfin, l'ANJ a ordonné le blocage de Polymarket en France le 16 juillet 2026.
Sources
- How Positions WorkPolymarket · Source officielle · primaire
- conditional-tokens-contractsGnosis · Document · primaire
- Manage PositionsPolymarket · Source officielle · primaire
- Polymarket USDPolymarket · Source officielle · primaire
- Prices & OrderbookPolymarket · Source officielle · primaire
- FeesPolymarket · Source officielle · primaire
- Negative Risk MarketsPolymarket · Source officielle · primaire
- Promotion d'une offre de jeux d'argent illégale : blocage du site PolymarketAutorité nationale des jeux · Régulateur · primaire · 17 juillet 2026
- Geographic restrictionsPolymarket (documentation) · Source officielle · primaire
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