Plateformes de cloud mining : ce que sont devenues six offres et comment vérifier un contrat de minage
Les six plateformes de cloud mining présentées ici en juillet 2024 ont été revérifiées : l'une a donné lieu à une fraude reconnue de 577 millions de dollars, les autres ne publient plus d'offre vérifiable. Les dossiers judiciaires montrent ce qu'un contrat de minage peut cacher.
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Les recherches du type « site de minage gratuit », « meilleure plateforme de minage » ou « contrat de minage » mènent souvent vers des classements de services de cloud mining. Ces services vendent un droit sur une puissance de calcul qu'ils disent exploiter dans leurs centres de données. Le client ne voit jamais les machines : il voit un tableau de bord qui affiche des gains quotidiens. Les dossiers judiciaires américains montrent ce que ce modèle a pu cacher, et l'état des six plateformes citées dans le classement publié ici en juillet 2024 montre qu'aucune ne peut aujourd'hui être présentée comme un service vérifié.
Ce que vend un contrat de cloud mining
Le minage consiste à ajouter de nouveaux blocs à la chaîne, ce qui rend l'historique des transactions difficile à modifier, selon la documentation des développeurs de Bitcoin. Les mineurs se regroupent souvent en « pools » : ils partagent les gains au prorata de la puissance apportée et touchent des paiements plus réguliers mais plus petits qu'en minant seuls.
Un contrat de cloud mining revend une part de cette activité. Le client paie une puissance de calcul, exprimée en hashrate (par exemple en gigahash par seconde), pour une durée donnée. Le prestataire prélève des frais d'électricité et de maintenance et crédite le solde. Le client dépend entièrement des chiffres affichés par le prestataire : il ne peut pas vérifier que les machines existent ni qu'elles minent réellement pour son compte.
HashFlare : 577 millions de dollars de contrats pour une capacité inexistante
HashFlare figurait au quatrième rang du classement de 2024. Ses deux fondateurs estoniens, Sergei Potapenko et Ivan Turogin, ont plaidé coupable de complot en vue de commettre une fraude électronique le 12 février 2025 devant le tribunal fédéral de Seattle, selon l'accord de plaider-coupable de Sergei Potapenko, publié sur CourtListener.
Les faits reconnus dans ce document décrivent précisément le mécanisme :
- HashFlare proposait de miner cinq cryptomonnaies (Bitcoin, Ether, Dash, Litecoin/Dogecoin et Zcash) et vendait par exemple 10 gigahash par seconde pour miner du bitcoin au prix de 1,80 dollar.
- Les clients ont acheté pour environ 577,3 millions de dollars de contrats entre 2015 et 2019, dont 391,8 millions en 2017.
- Le tableau de bord affichait des profits quotidiens calculés à partir des données publiques d'autres pools, et non à partir d'un minage réel.
- HashFlare n'a pas acheté plus de quelques machines pour miner du bitcoin avant 2017. Il lui aurait fallu environ 80 000 machines en 2018 pour honorer la capacité vendue ; elle en possédait environ 164, dont la plupart ne fonctionnaient pas correctement selon ses propres registres.
- Les retraits étaient payés presque entièrement avec des cryptomonnaies achetées sur le marché.
- Le 20 juillet 2018, HashFlare a annoncé à ses clients que le minage de bitcoin n'était plus rentable et a invoqué une clause de ses conditions lui permettant de l'arrêter après 28 jours de pertes.
Lors de l'audience du 12 août 2025, le juge Robert S. Lasnik a condamné les deux hommes à la peine déjà purgée et à trois ans de liberté surveillée, d'après l'ordonnance sur la peine déposée le 25 août. Le parquet avait requis dix ans de prison. L'ordonnance indique que la fraude a touché 440 000 clients dans le monde, que HashFlare avait versé 352,97 millions de dollars aux clients qui avaient retiré leurs fonds et qu'environ 240 000 clients n'avaient jamais retiré leurs avoirs. Les actifs saisis, évalués à 500 millions de dollars, doivent servir à indemniser les victimes par une procédure de remise.
Un schéma déjà sanctionné en 2015
Le cas n'est pas isolé. Le 1er décembre 2015, la SEC a poursuivi GAW Miners, ZenMiner et leur fondateur Homero Joshua Garza. Leurs « Hashlets », présentés comme toujours rentables, donnaient droit à une part de puissance de calcul que la société disait posséder. Plus de 10 000 investisseurs en ont acheté pour 20 millions de dollars entre août et décembre 2014. Selon la SEC, les sociétés avaient vendu bien plus de puissance qu'elles n'en possédaient et payaient les anciens clients avec l'argent des nouveaux.
Ce que sont devenues les autres plateformes du classement
La rédaction a vérifié le 3 octobre 2026 l'état des cinq autres services cités en 2024 :
- GDMining, présenté en tête avec un bonus d'inscription de 50 dollars et des revenus quotidiens fixes en bitcoin : aucun document public ne confirme ces offres, et le domaine gdmining.com ne répond plus.
- Eobot : le domaine eobot.com redirige vers un site sans rapport avec le minage.
- Genesis Mining et IQ Mining : leurs sites bloquent la consultation automatisée ; la rédaction n'a pas pu lire leurs conditions actuelles et ne reprend donc aucune de leurs promesses.
- CryptoUniverse : le site cryptouniverse.io affiche seulement une page de maintenance.
Aucun de ces noms ne figure sur la liste noire des crypto-actifs de l'AMF du 28 septembre 2026. Ne pas figurer sur cette liste ne vaut pas autorisation : cela signifie seulement que l'AMF n'a pas publié de mise en garde à leur sujet.
Minage « gratuit » et revenus garantis : les signaux d'alerte
L'AMF décrit, dans sa page sur les arnaques les plus courantes, des plateformes de crypto-actifs qui attirent les épargnants « en vous faisant miroiter des rendements très élevés », et des montages pyramidaux où « les versements des unes rémunèrent les autres ». Les dossiers HashFlare et GAW Miners en reproduisent les traits :
- un revenu quotidien fixe annoncé à l'avance, alors que le gain d'un mineur réel dépend de la difficulté du réseau, du cours et du coût de l'électricité ;
- un bonus d'inscription ou un minage dit gratuit, qui sert à faire entrer le client avant un premier achat ;
- des primes de parrainage qui rémunèrent le recrutement de nouveaux clients ;
- l'absence de preuve vérifiable des machines : adresse des centres de données, factures d'électricité, adresses de pool ou de portefeuille consultables sur la blockchain.
Avant tout paiement, l'AMF permet de rechercher un nom ou un site sur ses listes noires et mises en garde, qui couvrent notamment les crypto-actifs.
La fiscalité des gains de minage en France
Les gains tirés du minage ne relèvent pas du régime des plus-values des particuliers. Le Bulletin officiel des finances publiques précise que le régime des bénéfices non commerciaux (BNC) s'applique lorsque les gains sont la contrepartie de la participation du contribuable à la création ou au fonctionnement du système, c'est-à-dire l'activité dite de « minage ».
Sources
- United States v. Potapenko, CR22-185RSL – Plea Agreement (Sergei Potapenko), document 162U.S. District Court, Western District of Washington (via CourtListener) · Document · primaire · 12 février 2025
- United States v. Potapenko, CR22-185RSL – Order on Sentencing, document 241U.S. District Court, Western District of Washington (via CourtListener) · Document · primaire · 25 août 2025
- SEC Charges Bitcoin Mining CompaniesU.S. Securities and Exchange Commission · Régulateur · primaire · 1 décembre 2015
- Quelles sont les arnaques les plus courantes ?Autorité des marchés financiers · Régulateur · primaire · 21 février 2025
- Listes noires des sociétés et sites non autorisésAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire
- Liste noire des sites non autorisés : crypto-actifsAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire · 28 septembre 2026
- BOI-RPPM-PVBMC-30-10 - Cession d'actifs numériques à titre occasionnel - Champ d'applicationDirection générale des Finances publiques (BOFiP) · Source officielle · primaire · 2 septembre 2019
- Mining — Developer GuideBitcoin Developer Documentation · Document · primaire
- CryptoUniverse – page d'accueil (maintenance)CryptoUniverse · Source officielle · primaire
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