Play to Earn : comment fonctionnent les jeux blockchain qui rémunèrent en cryptos
Les jeux Play to Earn distribuent des jetons et des NFT que les joueurs peuvent revendre hors du jeu. Leur fonctionnement, leurs risques et le cadre français des jeux à objets numériques monétisables se lisent dans les documents des projets et des régulateurs.
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- · mis à jour le 11 septembre 2025
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Qu'est-ce qu'un jeu Play to Earn ?
Dans un jeu vidéo classique, les objets gagnés ou achetés restent enfermés dans le jeu : l'éditeur les contrôle et le joueur ne peut pas les revendre librement. Un jeu Play to Earn (P2E, « jouer pour gagner ») inscrit au contraire une partie de ses objets et de ses récompenses sur une blockchain. Personnages, terrains, équipements ou monnaies du jeu deviennent des jetons que le joueur détient dans son portefeuille et peut céder à d'autres joueurs sur des places de marché.
Les objets uniques reposent en général sur des jetons non fongibles (NFT). La norme ERC-721, proposée le 24 janvier 2018 sur Ethereum, définit « une interface standard pour les jetons non fongibles » et cite parmi les premiers exemples des parcelles virtuelles et des objets de jeu. Les monnaies du jeu, interchangeables entre elles, sont des jetons fongibles.
Le revenu d'un joueur dépend donc de la valeur que d'autres acteurs accordent à ces jetons. Cette valeur n'est garantie ni par l'éditeur ni par la blockchain : elle varie avec l'offre, la demande et la santé de l'économie du jeu.
Comment fonctionne l'économie d'un Play to Earn
La plupart de ces jeux combinent trois éléments : des NFT qui servent à jouer, un jeton de récompense distribué aux joueurs et un jeton de gouvernance détenu par la communauté et l'équipe. Les règles d'émission et de destruction de ces jetons sont inscrites dans des contrats intelligents (smart contracts).
L'exemple d'Axie Infinity
Axie Infinity, développé par le studio Sky Mavis, se présente dans son livre blanc comme un univers de créatures à collectionner, les Axie, doté d'une économie appartenant aux joueurs. Les Axie sont des NFT. Les joueurs gagnent des Smooth Love Potions (SLP) en combattant dans l'arène. Ce jeton se consomme lors de la reproduction de nouveaux Axie : le coût par parent passe de 900 SLP pour la première reproduction à 15 300 SLP pour la septième, et Sky Mavis indique ne pas vendre de SLP directement aux joueurs.
Le livre blanc décrit aussi la principale fragilité du modèle. Il reconnaît que « par conception, l'économie Axie dépendra des nouveaux entrants » au début de sa croissance, avant de devoir s'appuyer sur la demande des joueurs existants. Tant que les nouveaux joueurs achètent les NFT et les jetons que les anciens revendent, les récompenses gardent leur valeur ; quand l'afflux ralentit, la pression vendeuse l'emporte.
Pour faire tourner le jeu, Sky Mavis a créé Ronin, une chaîne latérale liée à Ethereum conçue pour Axie Infinity. Le pont entre Ronin et Ethereum a été piraté au printemps 2022. Le 14 avril 2022, le Trésor américain a ajouté à la fiche de sanctions du groupe nord-coréen Lazarus une adresse Ethereum que l'explorateur Etherscan identifie comme « Ronin Bridge Exploiter ».
Le Move to Earn de Stepn
Stepn applique le même principe à l'activité physique. Son livre blanc le décrit comme une application Web3 qui récompense la marche et la course en extérieur par deux jetons : GST, le jeton du jeu, et GMT, le jeton de gouvernance. Pour commencer, l'utilisateur doit acheter une paire de baskets NFT sur la place de marché de l'application et garder des SOL, BNB ou ETH pour payer les frais de transaction.
La durée de jeu rémunérée est limitée par un système d'énergie : un point d'énergie correspond à 5 minutes de course, avec un maximum de 20 points par royaume et des recharges quatre fois par jour, toutes les six heures. Posséder davantage de baskets, ou des baskets plus rares, augmente l'énergie disponible.
Les terrains virtuels de The Sandbox
The Sandbox mise sur la création de contenus. Sa carte compte 166 464 parcelles LAND, des NFT ERC-721 présents sur Ethereum et Polygon, sur lesquelles leurs propriétaires publient des jeux et des expériences. Le jeton SAND, un ERC-20 dont l'offre maximale est plafonnée à 3 milliards d'unités, sert à acheter des avatars et des équipements, à rémunérer les créateurs et à voter au sein de la DAO du projet.
Ce qu'il faut pour jouer
Chaque jeu a ses propres règles, mais l'accès suit souvent le même parcours :
- un portefeuille compatible avec la blockchain du jeu, relié au compte du joueur ;
- des jetons de la chaîne concernée pour payer les frais de transaction ;
- dans certains jeux, l'achat préalable d'un ou plusieurs NFT, comme les baskets de Stepn ;
- une plateforme d'échange pour convertir les récompenses en d'autres cryptomonnaies ou en euros.
Le joueur assume seul la garde de ses clés privées. Une phrase de récupération perdue ou dérobée donne accès à tous les actifs du portefeuille, et les transactions sur blockchain ne s'annulent pas.
Les risques documentés
Les documents des projets eux-mêmes identifient plusieurs fragilités. La première est économique : quand le jeton de récompense est émis en continu, sa valeur dépend de mécanismes de destruction et de l'arrivée de nouveaux joueurs, comme le reconnaît le livre blanc d'Axie Infinity. La deuxième est technique : les ponts entre blockchains concentrent de grandes quantités d'actifs et sont des cibles, comme l'a montré l'attaque de Ronin. La troisième tient au coût d'entrée : lorsqu'un NFT est exigé pour jouer, le joueur engage un capital dont la valeur de revente n'est pas garantie.
S'y ajoutent les risques communs aux cryptoactifs : volatilité des cours, faillite d'une plateforme d'échange, arnaques par faux sites de jeux ou faux airdrops. Les gains éventuels sont par ailleurs soumis aux règles fiscales applicables aux cessions d'actifs numériques.
Le cadre légal en France : les JONUM
La France a créé un régime spécifique pour ces jeux. L'article 40 de la loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique, dite loi SREN, autorise « à titre expérimental et pour une durée de trois ans » les jeux à objets numériques monétisables (JONUM). La loi les définit comme des éléments de jeu conférant des droits aux joueurs et susceptibles d'être cédés à titre onéreux à des tiers. Ces objets ne peuvent pas être revendus à l'entreprise qui les a émis, et l'expérimentation exclut tout gain monétaire.
Selon l'Autorité nationale des jeux, le décret n° 2026-60 du 4 février 2026 a mis en œuvre ce régime à compter du 7 février 2026. Les éditeurs doivent déposer une déclaration préalable auprès de l'ANJ, être établis dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen, et réserver l'accès aux personnes majeures. Les récompenses sont plafonnées : 1 000 euros par an et par joueur pour les lots en nature, et pour les cryptoactifs 20 % du produit annuel du jeu dans la limite de 25 000 euros par joueur. Aucun versement en monnaie officielle n'est autorisé.
Ce cadre distingue les JONUM des jeux d'argent, qui restent soumis à agrément, tout en limitant les gains que les joueurs peuvent en tirer. Il ne garantit ni la valeur des objets ni la solidité financière des éditeurs.
Sources
- ERC-721: Non-Fungible Token StandardEthereum Improvement Proposals · Document · primaire · 24 janvier 2018
- Axie Infinity WhitepaperSky Mavis · Source officielle · primaire · 1 novembre 2021
- Breeding and $SLPSky Mavis · Source officielle · primaire
- Axie Economy & SustainabilitySky Mavis · Source officielle · primaire
- Ronin Ethereum SidechainSky Mavis · Source officielle · primaire
- Cyber-related Designation Update (Lazarus Group)U.S. Department of the Treasury, OFAC · Régulateur · primaire · 14 avril 2022
- Ronin Bridge ExploiterEtherscan · Données on-chain · primaire
- STEPN WhitepaperSTEPN · Source officielle · primaire
- Getting StartedSTEPN · Source officielle · primaire
- Energy SystemSTEPN · Source officielle · primaire
- LANDThe Sandbox · Source officielle · primaire
- SANDThe Sandbox · Source officielle · primaire
- Loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numériqueLégifrance · Régulateur · primaire · 22 mai 2024
- Jeux à objets numériques monétisables (JONUM)Autorité nationale des jeux · Régulateur · primaire
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