Carnet d'ordres en trading : fonctionnement, lecture et limites
Le carnet d'ordres recense en temps réel les ordres d'achat et de vente en attente sur un actif, classés par prix. Il montre la liquidité disponible, mais pas les intentions réelles des intervenants.
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- · mis à jour le 11 septembre 2025
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Ce qu'est un carnet d'ordres
Un carnet d'ordres (order book) est la liste des ordres à cours limité en attente d'exécution sur un actif : une action sur une bourse, un contrat à terme ou une paire de cryptomonnaies sur un exchange. Chaque ordre indique un sens (achat ou vente), une quantité et un prix. Tant qu'aucune contrepartie ne l'accepte, l'ordre reste dans le carnet.
La plateforme regroupe ces ordres par niveau de prix et additionne les quantités. La documentation de l'API de Binance en donne une forme brute : l'appel GET /api/v3/depth renvoie deux tableaux, « bids » et « asks », composés de paires prix et quantité cumulée, sur 100 niveaux par défaut et jusqu'à 5 000. Les interfaces de trading affichent ces mêmes données sous forme de colonnes colorées, en général vert pour l'achat et rouge pour la vente.
Comment lire un carnet d'ordres
Bids, asks et spread
Le carnet se divise en deux côtés. Les ordres d'achat (bids) sont classés du prix le plus élevé au plus bas : en haut de la colonne figure l'acheteur prêt à payer le plus cher. Les ordres de vente (asks) sont classés du prix le plus bas au plus élevé : en haut figure le vendeur qui accepte le prix le plus faible.
Entre le meilleur prix d'achat et le meilleur prix de vente se trouve l'écart, ou spread. Ce n'est pas le dernier cours échangé : le dernier prix est une donnée distincte, issue de la dernière transaction. Un spread étroit signale en général un marché liquide, où acheteurs et vendeurs sont nombreux à des prix proches. Un spread large signale un marché plus mince, où un ordre au marché coûte davantage.
Ordres à cours limité et ordres au marché
Seuls les ordres à cours limité alimentent le carnet. Un ordre au marché, lui, ne reste pas en attente : il consomme immédiatement la liquidité disponible du côté opposé, niveau de prix par niveau de prix, jusqu'à ce que sa quantité soit servie. Si les quantités affichées sont faibles, l'ordre traverse plusieurs niveaux et son prix moyen d'exécution s'éloigne du meilleur prix affiché. C'est le glissement, ou slippage. La documentation de Binance liste ainsi plusieurs types d'ordres (MARKET, LIMIT, LIMIT_MAKER, ordres stop et take profit), dont seuls certains apparaissent dans le carnet.
La profondeur de marché
La profondeur désigne la quantité totale disponible à chaque niveau et sur plusieurs niveaux. Elle se lit souvent sous la forme d'un graphique en escalier, qui cumule les quantités de part et d'autre du spread. Une forte concentration d'ordres à un même prix est appelée « mur » d'achat ou de vente. Elle indique une liquidité importante à ce niveau à un instant donné, sans garantie qu'elle reste en place.
Le pas de cotation
Le pas de cotation (tick size) est la plus petite variation de prix autorisée. Il détermine l'espacement des niveaux du carnet. Avec un pas de 0,01 euro, une action cotée 10 euros peut passer à 10,01 euros, pas à 10,005 euros.
Dans l'Union européenne, le pas de cotation des actions, certificats représentatifs et ETF est encadré depuis MiFID II par le règlement délégué (UE) 2017/588 du 14 juillet 2016. Sa grille croise des fourchettes de prix et des tranches de liquidité, mesurée par le nombre moyen quotidien de transactions : plus un titre est échangé, plus son pas peut être fin. Sur les exchanges de cryptomonnaies, chaque plateforme fixe elle-même le pas de chaque paire.
Le choix du pas est un compromis. Un pas fin permet des prix plus précis et réduit le spread minimal possible. Il disperse aussi la liquidité sur davantage de niveaux, ce qui réduit la quantité affichée à chaque prix.
Ce que le carnet ne montre pas
Ordres cachés et ordres iceberg
Le carnet n'affiche que les ordres en attente et visibles. Une partie de la liquidité échappe à la lecture. Les ordres iceberg n'exposent qu'une fraction de leur quantité totale : la documentation de Binance précise que tout ordre LIMIT ou LIMIT_MAKER peut devenir un ordre iceberg grâce au paramètre icebergQty. Les ordres stop, eux, ne rejoignent le carnet qu'une fois leur prix de déclenchement atteint. Le carnet ne retrace pas non plus les transactions déjà exécutées, qui figurent dans l'historique des échanges (time and sales).
Le spoofing, une manipulation interdite
Un ordre affiché peut être retiré à tout moment. Certains intervenants en profitent pour placer de gros ordres sans intention de les exécuter, afin de faire croire à une offre ou une demande qui n'existe pas, puis les annulent. Le droit américain nomme cette pratique « spoofing » et la définit comme le fait de passer un ordre avec l'intention de l'annuler avant son exécution. Dans l'Union européenne, l'article 12 du règlement sur les abus de marché (MAR) qualifie de manipulation tout ordre qui donne des signaux faux ou trompeurs sur l'offre, la demande ou le prix d'un instrument financier.
Les sanctions peuvent être lourdes. Le 29 septembre 2020, la CFTC a condamné JPMorgan à payer 920,2 millions de dollars pour des centaines de milliers d'ordres sur des contrats à terme sur métaux précieux et sur bons du Trésor américain, passés entre 2008 et 2016 avec l'intention de les annuler avant exécution. Le régulateur l'a présenté comme le montant le plus élevé jamais imposé dans une affaire de spoofing.
Les outils de visualisation du carnet d'ordres
Plusieurs logiciels spécialisés affichent l'évolution du carnet dans le temps plutôt qu'un simple instantané.
- Bookmap : sa fonction principale est une heatmap de l'historique des ordres limites, qui colore les niveaux de prix selon la liquidité affichée au fil du temps. L'éditeur cible notamment les contrats à terme et les cryptomonnaies.
- ATAS : la plateforme réunit footprint, heatmap, volume profile et un DOM dédié, avec des connexions au CME, au NYSE, au Nasdaq et à des exchanges comme Binance, Bybit ou OKX.
- Sierra Chart : le logiciel intègre un DOM directement dans les graphiques, un historique de la profondeur de marché, des graphiques Numbers Bars et un langage d'études personnalisées, ACSIL.
Ces outils reposent sur les données transmises par chaque plateforme. Leur lecture hérite donc des limites du carnet lui-même : ordres cachés, annulations rapides et fragmentation de la liquidité entre plusieurs places de marché.
Usages et limites
Le carnet d'ordres sert d'abord à mesurer la liquidité : le spread, la quantité disponible à chaque niveau et le coût probable d'un ordre au marché d'une taille donnée. Les traders de court terme et les algorithmes l'utilisent aussi pour repérer des zones de forte concentration d'ordres, souvent décrites comme des supports ou des résistances.
Cette lecture reste partielle. Le carnet ne reflète qu'une plateforme à la fois, alors qu'un même actif, en particulier une cryptomonnaie, s'échange sur de nombreux marchés. Les ordres affichés peuvent disparaître en une fraction de seconde, et une partie de la liquidité n'est jamais visible. Le carnet décrit l'état de l'offre et de la demande à un instant donné ; il n'indique pas la direction future du prix.
Sources
- Market Data endpoints (Order book)Binance · Document · primaire
- Trading endpoints (New order)Binance · Document · primaire
- Commission Delegated Regulation (EU) 2017/588 on the tick size regimelegislation.gov.uk · Régulateur · primaire · 14 juillet 2016
- Regulation (EU) No 596/2014 (Market Abuse Regulation), Article 12legislation.gov.uk · Régulateur · primaire · 16 avril 2014
- 7 U.S. Code § 6c - Prohibited transactionsLegal Information Institute (Cornell) · Régulateur · primaire
- CFTC Orders JPMorgan to Pay Record $920 Million for Spoofing and ManipulationCFTC · Régulateur · primaire · 29 septembre 2020
- BookmapBookmap · Source officielle · primaire
- ATASATAS · Source officielle · primaire
- Sierra ChartSierra Chart · Source officielle · primaire
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