Cryptomonnaies à faibles frais de transfert : 10 réseaux et leurs mécanismes
Les frais de transfert d'une cryptomonnaie dépendent de règles inscrites dans le protocole et de la demande sur le réseau. Voici comment dix réseaux les calculent, d'après leur documentation officielle.
- Publié le
- · mis à jour le 11 septembre 2025
- Temps de lecture
- 5 min de lecture
- Sources
- 16 sources

D'où viennent les frais de transfert
Chaque blockchain dispose d'une capacité limitée : un nombre fini de transactions par bloc ou par période. Les frais servent à deux choses. Ils rémunèrent, sur certains réseaux, ceux qui valident les transactions. Ils rendent surtout le spam coûteux : inonder un réseau de transactions inutiles a un prix.
Le montant payé en monnaie courante varie donc avec deux facteurs : le paramètre fixé par le protocole, exprimé dans l'unité native du réseau, et le cours de cette unité. Les montants ci-dessous sont donnés en unités natives, telles que publiées par chaque projet. Leur contre-valeur en euros change avec le marché.
Quand la demande fait grimper les frais : l'exemple de Runes
Sur Bitcoin, les utilisateurs mettent aux enchères la place disponible dans chaque bloc. Plus la demande est forte, plus les frais montent. Le protocole Runes, qui permet de créer des jetons sur Bitcoin, s'est activé au bloc 840 000, le même que le quatrième halving.
Ce bloc, miné le 20 avril 2024, contenait 3 050 transactions qui ont versé au total environ 37,6 BTC de frais, selon l'explorateur mempool.space. C'est plus de dix fois la récompense de minage du bloc, ramenée à 3,125 BTC par le halving. La congestion reste le premier facteur de hausse des frais, quel que soit le réseau.
Pour Bitcoin, la réponse la plus répandue est le Lightning Network : deux participants ouvrent un canal inscrit sur la blockchain, puis échangent hors chaîne. Selon le projet, ce règlement hors chaîne permet des frais « exceptionnellement bas » et des micropaiements instantanés.
Nano (XNO) : aucun frais
Nano est le seul réseau de cette liste sans frais de transaction. Sa documentation officielle décrit un registre appelé block-lattice : chaque compte tient sa propre chaîne, ce qui permet d'ajouter des blocs rapidement et sans conflit.
Le consensus, l'Open Representative Voting, ne verse aucune récompense. Chaque détenteur délègue son poids de vote à un représentant de son choix. L'anti-spam repose sur une petite preuve de travail que l'utilisateur calcule lui-même pour chaque bloc, en quelques secondes sur un processeur de bureau selon la documentation.
Stellar (XLM) : un plancher de 100 stroops par opération
Sur Stellar, le minimum est fixé à 100 stroops par opération, soit 0,00001 XLM. Une transaction peut regrouper plusieurs opérations : le minimum se multiplie d'autant.
Ce montant est un plancher, pas un tarif fixe. L'utilisateur indique le maximum qu'il accepte de payer pour être inclus dans le registre. En période calme, seul le minimum est prélevé. Les contrats intelligents (Soroban) ajoutent des frais de ressources, calculés sur la consommation réelle de calcul et de stockage.
Tron (TRX) : bande passante gratuite et énergie
Tron ne facture pas directement chaque transfert. Le réseau mesure deux ressources, selon sa documentation développeurs : la bande passante, proportionnelle à la taille de la transaction en octets, et l'énergie, consommée par l'exécution des contrats intelligents.
Chaque compte dispose de 600 unités de bande passante gratuites sur 24 heures glissantes, de quoi couvrir des transferts simples de TRX. L'énergie n'a pas de quota gratuit : il faut bloquer des TRX (staking) ou en recevoir par délégation. À défaut, le réseau brûle des TRX sur le solde de l'expéditeur. Les blocs sont produits par 27 super-représentants élus par les détenteurs, un modèle de preuve d'enjeu déléguée.
XRP Ledger (XRP) : des frais détruits
Sur le XRP Ledger, une transaction standard coûte au minimum 10 drops, soit 0,00001 XRP. Ce montant ne rémunère personne : il est détruit définitivement.
La documentation justifie ce choix par la protection contre le spam et les attaques par déni de service. Le coût augmente avec la charge du réseau, ce qui rend toute tentative de saturation très chère.
Bitcoin Cash (BCH) : des blocs plus grands
Bitcoin Cash a choisi d'augmenter la capacité plutôt que de déplacer les transactions hors chaîne. La mise à niveau du 15 mai 2018 a porté la taille maximale des blocs à 32 Mo. Plus de place par bloc signifie moins de concurrence entre transactions, donc des frais qui restent bas tant que la demande ne remplit pas les blocs.
Dash (DASH) : InstantSend et masternodes
Dash fonctionne comme Bitcoin pour les frais, avec un marché de l'espace dans les blocs. Sa particularité est la vitesse de confirmation. La fonction InstantSend verrouille les entrées d'une transaction grâce à des quorums de masternodes (LLMQ). Seul le message de verrouillage est diffusé à tout le réseau, ce qui rend la transaction sûre en quelques instants.
BNB Smart Chain (BNB) : un modèle à gas
BNB Smart Chain reprend la machine virtuelle d'Ethereum et son système de gas : chaque opération consomme une quantité de gas, multipliée par un prix exprimé en gwei.
Pour les réseaux de seconde couche bâtis sur BSC, comme opBNB, la proposition BEP-336 transpose l'EIP-4844 d'Ethereum : des transactions porteuses de « blobs » de données, tarifés à part, pour réduire le coût de publication des rollups.
Litecoin (LTC) : des blocs toutes les 2,5 minutes
Litecoin reprend le modèle de Bitcoin, avec un intervalle cible de 2,5 minutes entre deux blocs, contre 10 minutes pour Bitcoin. À taille de bloc comparable, le réseau offre donc environ quatre fois plus d'espace par heure. L'algorithme de minage Scrypt, souvent cité, ne joue aucun rôle dans le montant des frais.
Solana (SOL) : 5 000 lamports par signature
Sur Solana, le frais de base est de 5 000 lamports par signature, soit 0,000005 SOL. La moitié est brûlée, l'autre moitié revient au validateur.
S'y ajoute un frais de priorisation facultatif, versé en totalité au validateur. Il permet de passer devant les autres transactions quand le réseau est chargé. Le frais de base reste identique quelle que soit la demande.
Ethereum (ETH) : EIP-1559 et les rollups
Ethereum n'est pas un réseau à frais bas sur sa couche principale, mais son modèle sert de référence. Depuis l'EIP-1559, chaque transaction paie un frais de base, toujours brûlé, et un pourboire versé au producteur du bloc. Le frais de base s'ajuste automatiquement, de 12,5 % au plus d'un bloc à l'autre, selon le remplissage des blocs.
Le passage à la preuve d'enjeu, la Fusion du 15 septembre 2022, n'a pas réduit les frais. ethereum.org le précise : ce changement de consensus n'a pas augmenté la capacité du réseau. La baisse est venue des réseaux de seconde couche. La mise à niveau Dencun de mars 2024 a introduit l'EIP-4844, qui permet aux rollups de publier leurs données dans des « blobs » moins chers et de répercuter l'économie sur leurs utilisateurs.
Ce que ces modèles ont en commun
Trois approches se dégagent. Certains réseaux suppriment ou détruisent les frais et protègent leur capacité autrement : preuve de travail côté utilisateur pour Nano, destruction systématique pour le XRP Ledger. D'autres augmentent l'espace disponible, comme Bitcoin Cash ou Litecoin. Les derniers déplacent les transactions vers une seconde couche, comme le Lightning Network ou les rollups d'Ethereum.
Dans tous les cas, des frais bas en unités natives ne garantissent pas un coût bas en euros : la contre-valeur suit le cours de la cryptomonnaie. Les plateformes d'échange appliquent en outre leurs propres frais de retrait, distincts des frais du réseau.
Sources
- Nano overviewNano Foundation · Source officielle · primaire
- Fees, Resource Limits, and MeteringStellar Development Foundation · Source officielle · primaire
- Resource ModelTRON DAO · Source officielle · primaire
- Super RepresentativesTRON DAO · Source officielle · primaire
- Transaction CostXRP Ledger (xrpl.org) · Document · primaire
- May 2018 Hardfork Specificationbitcoincash.org · Document · primaire · 15 mai 2018
- InstantSendDash Core Group · Source officielle · primaire
- BEP-336: Implement EIP-4844 in BSCBNB Chain · Document · primaire
- chainparams.cpp, paramètres du réseau principalLitecoin Project (GitHub) · Document · primaire
- Transaction FeesSolana Foundation · Source officielle · primaire
- EIP-1559: Fee market change for ETH 1.0 chainEthereum Improvement Proposals · Document · primaire · 13 avril 2019
- The Mergeethereum.org · Source officielle · primaire
- Dankshardingethereum.org · Source officielle · primaire
- Runes SpecificationOrdinal Theory Handbook · Document · primaire
- Bloc 840 000mempool.space · Données on-chain · primaire · 20 avril 2024
- Lightning NetworkLightning Network · Source officielle · primaire
Publié par InvestX selon sa charte éditoriale. Une erreur ? Écrivez à redaction@investx.fr. Ce contenu n'est pas un conseil en investissement.
Dans le même dossier
- Layer 1 et Layer 2 : quelles différences entre les deux couches d'une blockchain
- Proof of Work et Proof of Stake : les différences entre les deux consensus
- Qu'est-ce qu'un layer 2 et à quoi servent ces surcouches de blockchain ?
- Qu'est-ce que la blockchain Ethereum et comment fonctionne-t-elle ?
- Qu'est-ce que la BNB Smart Chain (BSC), l'ancienne Binance Smart Chain ?
- Aura : la blockchain privée du luxe (LVMH, Prada, Richemont) et la traçabilité
- Base, la blockchain de couche 2 de Coinbase : origine, fonctionnement et sécurité
- Chiliz (CHZ) : la crypto des Fan Tokens et sa blockchain Chiliz Chain