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MLM trading : fonctionnement, risques et signaux d'alerte

Les MLM trading vendent des formations, des robots ou des placements en s'appuyant sur le recrutement de nouveaux membres. Les régulateurs français et américains décrivent ce modèle comme l'un des vecteurs les plus courants d'escroquerie au trading et aux cryptomonnaies.

Publié le
· mis à jour le 11 septembre 2025
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6 min de lecture
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8 sources
mlm trading

Ce que recouvre le marketing de réseau

MLM signifie multi-level marketing, ou vente multiniveau. Selon les lignes directrices de la Federal Trade Commission (FTC), l'entreprise ne recrute en général pas elle-même ses distributeurs. Elle s'appuie sur ses participants, qui recrutent de nouveaux membres, lesquels en recrutent d'autres à leur tour. Le réseau placé sous un participant forme sa « downline ». Les personnes situées au-dessus de lui, à commencer par celle qui l'a recruté, forment son « upline ».

Les participants touchent des commissions sur leurs propres ventes et sur l'activité de leur réseau. La plupart des plans de rémunération prévoient des grades, franchis selon le nombre de recrues ou le chiffre d'affaires généré. Le modèle existe dans la cosmétique, la nutrition ou les produits ménagers. Il s'est aussi étendu à la finance personnelle, au trading et aux cryptomonnaies.

MLM, système pyramidal et Ponzi : trois notions distinctes

La FTC ne fonde pas la distinction sur l'existence d'un droit d'entrée ou d'un produit. Elle s'appuie sur sa décision Koscot. Un système pyramidal s'y caractérise par le versement d'argent à l'entreprise en échange du droit de vendre un produit et du droit de percevoir, pour le recrutement d'autres participants, des récompenses sans lien avec la vente de ce produit à des utilisateurs finaux. La FTC précise qu'il n'existe aucun test fondé sur un pourcentage de ventes. Elle examine ce que le plan de rémunération encourage réellement : recruter, ou vendre à de vrais clients extérieurs au réseau.

Le droit européen va dans le même sens. L'annexe I de la directive 2005/29/CE sur les pratiques commerciales déloyales classe parmi les pratiques déloyales « en toutes circonstances » le fait de « créer, exploiter ou promouvoir un système de promotion pyramidale dans lequel un consommateur verse une participation en échange de la possibilité de percevoir une contrepartie provenant essentiellement de l'entrée d'autres consommateurs dans le système plutôt que de la vente ou de la consommation de produits ». Les États membres, dont la France, ont transposé cette interdiction.

La pyramide de Ponzi est un mécanisme voisin mais différent. La SEC la définit sur son site Investor.gov comme une fraude à l'investissement qui rémunère les investisseurs existants avec l'argent des nouveaux. Le nom vient de Charles Ponzi, qui a escroqué des investisseurs dans les années 1920 avec une spéculation sur les timbres-poste. Dans un Ponzi, l'argent n'est le plus souvent pas investi. Dans un système pyramidal, la rémunération vient du recrutement. Les deux se combinent souvent : l'AMF décrit des escroqueries où chaque victime est chargée de trouver de nouvelles recrues et où les versements des unes rémunèrent les autres.

Comment fonctionne un MLM trading

Un MLM trading place au centre de son offre un produit lié aux marchés : une formation au trading, un accès à des signaux, un robot de trading ou un placement géré par la société. Ce produit sert d'argument aux recruteurs, qui touchent une commission sur chaque nouvel adhérent et sur l'activité de leur réseau.

L'AMF décrit précisément ce schéma dans sa page consacrée aux arnaques les plus courantes, mise à jour le 21 février 2025. Des sites et des influenceurs promettent de devenir trader en quelques jours, avec des formations payantes sur le bitcoin ou le Forex. Selon le régulateur, ces formations peuvent en réalité orienter vers des plateformes d'investissement frauduleuses ou s'apparenter à des systèmes pyramidaux, dont l'objectif est de faire recruter de nouvelles personnes dans l'entourage pour acheter ces formations.

La variante la plus risquée est le placement direct. La société affirme confier les fonds à des traders ou à un algorithme et reverser une partie des gains. Les premiers rendements sont parfois réellement versés, ce qui crédibilise l'offre et alimente le recrutement. L'AMF explique que cet argent sert en fait à payer de faux rendements à d'autres participants, qui en font ensuite la publicité autour d'eux.

Pourquoi ces systèmes finissent par s'effondrer

Un système qui rémunère surtout le recrutement doit recruter sans fin. La SEC donne un ordre de grandeur : si chaque participant doit trouver six recrues, qui en trouvent chacune six à leur tour, il faudrait au bout de 11 niveaux plus de participants que la population des États-Unis. Selon le régulateur américain, tous les systèmes pyramidaux finissent par s'effondrer et la plupart des investisseurs perdent leur argent.

La FTC fait le même constat. Une large majorité des participants à un système pyramidal perd de l'argent et du temps, faute de vendre assez ou de recruter assez. Ces pertes découlent de la structure du système, pas d'un manque d'effort. La commission ajoute que les participants ont intérêt à tenir n'importe quel discours pour attirer de nouvelles recrues, et que ceux qui recrutent leurs proches exposent leur sécurité financière.

L'AMF décrit la fin du cycle : lorsque le fraudeur en haut de la pyramide n'obtient plus de nouveaux versements ou ne peut plus rembourser ceux qui veulent sortir, il disparaît. Les victimes découvrent alors la supercherie, et la seule voie qui leur reste est la plainte.

Le cas OmegaPro

OmegaPro illustre ce schéma. Le 8 juillet 2025, le ministère américain de la Justice a annoncé la levée des scellés sur un acte d'accusation visant Michael Shannon Sims, présenté comme fondateur, et Juan Carlos Reynoso, qui dirigeait les opérations en Amérique latine et dans une partie des États-Unis.

Selon l'acte d'accusation, OmegaPro a été créé vers janvier 2019 et fonctionnait comme un MLM. Les investisseurs achetaient en monnaie virtuelle des « packs d'investissement » censés rapporter 300 % en 16 mois grâce au trading sur le Forex par des traders d'élite. Le dossier décrit des événements promotionnels fastueux, dont la projection du logo d'OmegaPro sur la Burj Khalifa à Dubaï, et l'étalage de voitures et de montres de luxe sur les réseaux sociaux.

Toujours selon l'accusation, plus de 650 millions de dollars en cryptomonnaies ont été levés auprès de milliers d'investisseurs. Après l'annonce d'un piratage de son réseau, OmegaPro a assuré vers janvier 2023 que les fonds étaient en sécurité et transférés vers une plateforme nommée Broker Group. Les victimes n'ont pu retirer leur argent ni de l'une ni de l'autre. Les fonds auraient transité par des portefeuilles contrôlés par les dirigeants, puis vers des initiés et des promoteurs de haut rang. Les deux hommes sont poursuivis pour association de malfaiteurs en vue d'une fraude électronique et du blanchiment d'argent, chaque chef étant passible de 20 ans de prison. Un acte d'accusation reste une allégation : ils sont présumés innocents.

Les signaux d'alerte relevés par les régulateurs

Les grilles de l'AMF et de la SEC se recoupent sur plusieurs points :

  • une rémunération qui dépend davantage du recrutement que des ventes à des clients extérieurs au réseau ;
  • un produit difficile à évaluer, comme une formation, un logiciel ou un accès à des signaux ;
  • des promesses de rendement élevé, rapide ou régulier quelles que soient les conditions de marché ;
  • l'absence de chiffre d'affaires démontré auprès de clients extérieurs, par exemple dans des comptes audités ;
  • une offre diffusée par le bouche-à-oreille et présentée comme réservée à quelques privilégiés.

L'AMF rappelle dans sa page sur les signes qui doivent alerter qu'un placement rapportant plus que les livrets réglementés est forcément risqué, et qu'une promesse de rendement élevé et sans risque est toujours une arnaque. Elle cite des slogans typiques : « gagnez de l'argent facilement », « 1 000 euros en 1h » ou « l'indépendance financière à 35 ans ».

Le régulateur publie aussi des listes noires et mises en garde qui recensent les sites et sociétés proposant sans autorisation des placements en France. Une offre de placement assortie d'une promesse de rendement doit figurer sur sa liste blanche. Les victimes d'une escroquerie ne peuvent récupérer leurs fonds que par une plainte auprès des autorités judiciaires, et l'AMF ne propose aucun service de recouvrement.

Sources

  1. Quelles sont les arnaques les plus courantes ?Autorité des marchés financiers · Régulateur · primaire · 21 février 2025
  2. Arnaques : les signes qui doivent vous mettre la puce à l'oreilleAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire · 21 novembre 2024
  3. Listes noires des sociétés et sites non autorisésAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire
  4. Business Guidance Concerning Multi-Level MarketingFederal Trade Commission · Régulateur · primaire
  5. Pyramid SchemesU.S. Securities and Exchange Commission (Investor.gov) · Régulateur · primaire
  6. Ponzi SchemeU.S. Securities and Exchange Commission (Investor.gov) · Régulateur · primaire
  7. Directive 2005/29/CE relative aux pratiques commerciales déloyalesUnion européenne (EUR-Lex) · Document · primaire · 11 mai 2005
  8. OmegaPro Founder and Promoter Charged for Running Global $650M Foreign Exchange and Crypto Investment ScamU.S. Department of Justice · Régulateur · primaire · 8 juillet 2025

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