Exchange crypto sans KYC : ce que dit la loi en France et le statut des plateformes
Depuis la fin de la période transitoire de MiCA le 1er juillet 2026, seuls les prestataires agréés peuvent fournir des services sur crypto-actifs en France, et tous vérifient l'identité de leurs clients. Plusieurs plateformes présentées comme « sans KYC » figurent sur la liste noire de l'AMF.
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- · mis à jour le 13 novembre 2025
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KYC : de quoi parle-t-on
Le KYC, pour « Know Your Customer » (connaissance du client), désigne la vérification d’identité qu’un intermédiaire financier mène à l’ouverture d’un compte : nom, adresse, pièce d’identité, parfois origine des fonds. Pour une plateforme de cryptomonnaies, cette procédure découle des règles de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT).
Depuis l’entrée en application du règlement européen MiCA, le 30 décembre 2024, les prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA) agréés dans l’Union sont soumis à la directive LCB-FT en plus de MiCA, rappelle l’AMF dans son dossier consacré au règlement. Une plateforme autorisée à servir des clients français vérifie donc leur identité. Une plateforme qui annonce un usage « sans KYC » se situe, par construction, en dehors de ce cadre.
Ce que dit la loi en France depuis le 1er juillet 2026
La France avait retenu la période transitoire maximale de 18 mois prévue par l’article 143 de MiCA, selon la liste des périodes transitoires publiée par l’ESMA. Les anciens PSAN (prestataires de services sur actifs numériques, régime de la loi Pacte) ont pu continuer à servir leurs clients jusqu’au 1er juillet 2026.
Cette période est terminée. Selon la page de l’AMF sur les PSAN, tous ceux qui n’avaient pas obtenu d’agrément MiCA au 1er juillet 2026 ont été radiés automatiquement le 2 juillet 2026, le régime national de la loi Pacte étant abrogé à cette date. Dans un communiqué du 6 juillet 2026, l’AMF indique avoir agréé 31 acteurs en France et recense 283 PSCA agréés dans l’Union. Elle précise qu’il n’existe aucun régime d’équivalence avec les pays tiers.
La règle qui en découle est simple. L’AMF la résume ainsi dans sa note du 27 juillet 2026 aux détenteurs de cryptos :
« Seuls les prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA) autorisés peuvent rendre des services sur cryptos en France. »
Un PSCA agréé dans un autre pays de l’Union peut servir des clients français grâce au passeport européen. L’AMF signale dans ce cas que le service client peut fonctionner dans une autre langue et que son Médiateur n’est pas forcément compétent.
La « sollicitation inverse », exception étroite
MiCA interdit aux entreprises de pays tiers de fournir des services sur crypto-actifs dans l’Union. Une seule exception existe : un client européen qui, de sa propre et exclusive initiative, sollicite un service auprès d’une entreprise étrangère. L’ESMA insiste dans ses orientations du 17 décembre 2024 sur la sollicitation inverse : cette exemption « doit être comprise de manière très étroite » et ne peut pas servir à contourner MiCA. Selon ces orientations, toute promotion ou publicité visant des clients dans l’Union relève de la sollicitation : une plateforme étrangère qui fait sa publicité en France ne peut pas invoquer l’exception.
Ce cadre vise les prestataires, pas les particuliers. L’usage d’une plateforme non agréée ne prive pas pour autant de toute conséquence : en cas de litige, de faillite ou de gel des comptes, aucun régulateur européen ne supervise l’entreprise et l’AMF rappelle que le seul recours face à une escroquerie reste la plainte auprès de la justice.
Le statut des plateformes souvent citées comme « sans KYC »
Plusieurs plateformes reviennent dans les recherches « exchange crypto sans KYC ». Leur situation réglementaire au 3 octobre 2026, vérifiée dans la liste noire crypto-actifs de l’AMF arrêtée au 28 septembre 2026 et dans le registre MiCA intérimaire de l’ESMA :
MEXC
Le site www.mexc.com figure sur la liste noire de l’AMF depuis le 4 juin 2024. Il apparaît aussi dans le registre ESMA des entités non conformes : le 16 septembre 2025, l’autorité néerlandaise des marchés (AFM) a constaté que MEXC Global fournissait des services sur crypto-actifs aux Pays-Bas sans l’agrément MiCA requis, en violation de l’article 59 du règlement. MEXC ne figure pas dans le registre ESMA des PSCA agréés.
BloFin
Le site blofin.com est inscrit sur la liste noire crypto-actifs de l’AMF depuis le 3 décembre 2024. BloFin n’apparaît pas dans le registre ESMA des PSCA agréés.
CoinEx
Le site www.coinex.com figure sur la liste noire de l’AMF depuis le 4 juin 2024, le même jour que MEXC.
BingX
BingX ne figure pas sur la liste noire de l’AMF du 28 septembre 2026. Elle n’apparaît pas non plus dans le registre ESMA des PSCA agréés. Faute d’agrément MiCA, elle n’est pas autorisée à fournir des services sur crypto-actifs en France.
Gate
Le cas de Gate diffère. Sa filiale maltaise Gate Technology Limited a obtenu un agrément MiCA de l’autorité de Malte (MFSA) le 29 septembre 2025, selon le registre ESMA, pour le site gate.com/en-eu. Cet agrément couvre notamment la conservation, l’exploitation d’une plateforme de négociation et l’échange de crypto-actifs contre des fonds, avec un passeport vers 29 pays dont la France. En tant que PSCA agréé, cette entité est soumise aux obligations LCB-FT, et donc à la vérification d’identité. L’offre européenne de Gate n’est pas une offre « sans KYC ».
Les plateformes décentralisées (DEX)
Un DEX comme dYdX fonctionne par contrats intelligents : l’utilisateur se connecte avec son propre portefeuille, sans ouvrir de compte auprès d’une société, d’où l’absence de procédure KYC. dYdX ne figure ni sur la liste noire de l’AMF ni dans le registre ESMA. Aucune entité agréée ne répond alors des fonds en cas de faille, d’erreur de manipulation ou de restriction d’accès décidée par l’opérateur de l’interface.
Acheter de la crypto sans vérification d’identité : les situations réelles
- Auprès d’un PSCA agréé : impossible. L’achat contre des euros, par carte ou virement, passe par la vérification d’identité imposée par la LCB-FT.
- Sur une plateforme étrangère non agréée : certaines l’autorisent pour des dépôts en cryptomonnaies, mais elles ne peuvent pas légalement démarcher le public français et plusieurs sont inscrites sur la liste noire de l’AMF.
- Sur un DEX : l’échange se fait de crypto à crypto depuis un portefeuille personnel, sans compte, mais aussi sans intermédiaire responsable.
Portefeuille sans KYC : le cas de l’auto-conservation
Un portefeuille auto-hébergé (logiciel ou matériel) génère des clés privées détenues par leur seul propriétaire. Aucun prestataire n’intervient, donc aucune vérification d’identité. L’AMF cite d’ailleurs, dans sa note du 27 juillet 2026, le transfert vers un portefeuille auto-hébergé parmi les options offertes aux clients des prestataires qui n’ont pas obtenu leur agrément. La contrepartie est connue : en cas de perte des clés, aucun service client ne peut restituer les fonds.
Le passage par un portefeuille personnel ne fait pas disparaître le KYC au moment de l’achat ou de la revente en euros auprès d’un prestataire agréé.
Obligations fiscales, avec ou sans KYC
L’absence de vérification d’identité ne change rien aux obligations fiscales d’un résident français. Les plus-values réalisées lors de la cession de crypto-actifs sont imposables à l’impôt sur le revenu selon l’article 150 VH bis du code général des impôts, avec une exonération lorsque le total des cessions de l’année ne dépasse pas 305 euros. Les échanges de crypto à crypto ne sont pas imposés l’année de l’échange.
Un compte ouvert auprès d’une plateforme établie à l’étranger se déclare chaque année sur le formulaire 3916-bis. L’omission est passible d’une amende de 750 euros par compte d’actifs numériques non déclaré, portée à 1 500 euros lorsque la valeur des comptes à l’étranger dépasse 50 000 euros à un moment de l’année.
Vérifier une plateforme avant de l’utiliser
L’AMF recommande de vérifier que l’adresse du site correspond exactement à celle inscrite sur ses listes blanches de PSCA, et de consulter ses listes noires et mises en garde, mises à jour régulièrement mais jamais exhaustives. Le registre de l’ESMA recense les PSCA agréés dans toute l’Union. Selon la fiche de l’AMF sur le choix d’un professionnel, seules les sociétés titulaires du statut de PSCA ont le droit de démarcher le public.
Sources
- MiCA – dossier thématiqueAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire
- List of grandfathering periods decided by Member States under Article 143 of MiCAESMA · Régulateur · primaire · 1 décembre 2024
- Obtenir un enregistrement ou un agrément PSAN (listes des PSAN)Autorité des marchés financiers · Régulateur · primaire
- Crypto-assets: the end of the Pacte law and European MiCA Regulation transitional period establishes a new role for the AMFAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire · 6 juillet 2026
- Entrée en application du règlement européen MiCA : quelles conséquences pour les détenteurs de cryptos ?Autorité des marchés financiers · Régulateur · primaire
- Final Report on the guidelines on reverse solicitation under MiCAESMA · Régulateur · primaire · 17 décembre 2024
- Liste noire des sites non autorisés : crypto-actifsAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire · 28 septembre 2026
- Markets in Crypto-Assets Regulation (MiCA)ESMA · Régulateur · primaire
- Registre intérimaire MiCA : entités non conformesESMA · Régulateur · primaire · 2 octobre 2026
- Registre intérimaire MiCA des prestataires de services sur crypto-actifs (CASP)ESMA · Régulateur · primaire
- Code général des impôts, article 150 VH bisLégifrance · Document · primaire · 1 juillet 2026
- Déclaration n° 3916-3916 bis : comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étrangerDirection générale des finances publiques · Source officielle · primaire
- Liste blanche des prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA) agréésAMF · Régulateur · primaire
- Listes noires des sociétés et sites non autorisésAutorité des marchés financiers · Régulateur · primaire
- Investir en crypto-monnaies : quel professionnel choisir ?AMF · Régulateur · primaire
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