Dubaï et les cryptomonnaies : régulation VARA, paiements et fiscalité
Dubaï s'est doté dès 2022 d'un régulateur dédié aux actifs virtuels, la VARA, qui délivre des licences, interdit les cryptomonnaies anonymes et sanctionne les plateformes non agréées. L'usage des cryptos comme moyen de paiement reste en revanche encadré au niveau fédéral par la Banque centrale des Émirats arabes unis.
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- · mis à jour le 11 septembre 2025
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Un régulateur dédié : la VARA
Dubaï est l'un des sept émirats des Émirats arabes unis (EAU). Il a choisi de créer une autorité spécialisée plutôt que de confier les cryptomonnaies à un régulateur financier existant. La Virtual Assets Regulatory Authority (VARA) a été établie en mars 2022 à la suite de la loi n° 4 de 2022, selon sa propre présentation.
Son champ de compétence couvre l'ensemble de l'émirat, continent comme zones franches et zones de développement spéciales. Une exception de taille demeure : le Dubai International Financial Centre (DIFC), centre financier doté de ses propres règles et exclu du périmètre de la VARA. Une entreprise crypto installée à Dubaï relève donc soit de la VARA, soit du cadre propre au DIFC, selon son lieu d'implantation.
Un règlement complet depuis février 2023
Le texte central est le règlement sur les actifs virtuels et les activités liées. Sa première version a été publiée le 7 février 2023. La version en vigueur s'applique depuis le 19 juin 2025. Il est complété par des recueils de règles thématiques : conformité et gestion des risques, lutte contre le blanchiment, protection des actifs des clients, marketing.
Le règlement découpe l'activité en services distincts, chacun soumis à licence : échange, courtage, conservation, gestion et conseil en investissement, prêt et emprunt d'actifs virtuels, ou encore émission de jetons. Une plateforme ne peut exercer à Dubaï que les activités inscrites sur sa licence.
Les cryptomonnaies anonymes interdites
Le cadre de Dubaï est libéral mais pas permissif. La VARA proscrit toute une catégorie d'actifs, celle des cryptomonnaies dites à anonymat renforcé, conçues pour masquer l'origine ou la destination des transactions. La règle tient en une phrase dans la section consacrée aux actifs virtuels interdits :
« The issuance of Anonymity-Enhanced Cryptocurrencies and all VA Activity(ies) related to them are prohibited in the Emirate. »
L'émission de ces jetons comme toute activité qui les concerne (échange, conservation, courtage) est donc interdite dans l'émirat. Le texte ne dresse pas de liste nominative de jetons.
Un registre public des plateformes agréées
La VARA tient un registre public des prestataires de services sur actifs virtuels (VASP) agréés. Il indique pour chacun la date de la licence, son statut et les activités autorisées. Au 2 octobre 2026, plusieurs grandes plateformes internationales y figurent avec une licence active :
- Foris DAX Middle East FZE, l'entité de Crypto.com, licenciée le 3 avril 2024 ;
- Binance FZE, licenciée le 15 avril 2024 pour le courtage, la gestion, le prêt et l'échange, y compris les produits dérivés ;
- OKX Middle East Fintech FZE, licenciée le 17 septembre 2024 pour des activités comparables.
Ce registre permet de vérifier si une société qui démarche des clients à Dubaï y est réellement autorisée.
Des sanctions contre les plateformes non agréées
La VARA publie également ses décisions de sanction. Le 17 juin 2026, elle a prononcé des injonctions de cessation d'activité et des pénalités financières contre Peken Global Limited, la société de KuCoin, et MX Holdings Ltd, celle de MEXC, pour exercice d'activités sur actifs virtuels sans licence à Dubaï. Le 24 juillet 2026, une société locale, Shelbit General Trading, a été sanctionnée à son tour pour activités non agréées et manquements aux obligations de lutte contre le blanchiment. Le tableau publié ne précise pas les montants des amendes.
Payer en cryptomonnaies : un cadre fédéral restrictif
Au début des années 2020, plusieurs commerces de Dubaï ont annoncé accepter le bitcoin ou d'autres cryptomonnaies. Ce mouvement se heurte désormais à une règle fédérale. Le règlement de la Banque centrale des EAU sur les services de jetons de paiement (C 2/2024) est en vigueur depuis le 31 août 2024.
Son article 2 dispose qu'aucun commerçant ni aucune autre personne vendant des biens ou des services aux EAU dans le cadre de son activité ne peut accepter un actif virtuel en paiement. Deux exceptions sont prévues : un jeton de paiement libellé en dirhams émis par un émetteur agréé par la Banque centrale, ou un jeton de paiement en devise étrangère émis par un émetteur enregistré, mais seulement pour acheter d'autres actifs virtuels ou leurs dérivés. Le même texte interdit l'émission et la promotion de stablecoins algorithmiques et de jetons de confidentialité.
En pratique, le bitcoin ou l'ether ne peuvent plus servir de moyen de paiement direct chez un commerçant émirien. L'usage des cryptomonnaies à Dubaï relève donc avant tout de l'investissement et des services financiers agréés, pas de la consommation courante.
La fiscalité aux Émirats arabes unis
La fiscalité est l'un des arguments les plus cités pour Dubaï. Elle n'est pourtant pas nulle. Le portail officiel du gouvernement des EAU indique que le pays ne prélève pas d'impôt sur le revenu des personnes physiques, mais applique une taxe sur la valeur ajoutée de 5 %.
Les entreprises sont soumises depuis 2023 à un impôt fédéral sur les sociétés. Il s'applique aux exercices ouverts à partir du 1er juin 2023, au taux de 9 % sur le bénéfice imposable au-delà de 375 000 dirhams, et de 0 % en dessous. Selon le ministère des Finances, une personne morale de zone franche qualifiée peut bénéficier d'un taux de 0 % sur ses revenus qualifiés. Les grands groupes multinationaux relèvent d'un régime distinct, aligné sur les travaux de l'OCDE.
Aucun de ces textes ne prévoit de régime propre aux plus-values sur cryptomonnaies : les règles générales s'appliquent. L'absence d'impôt sur le revenu aux EAU ne dit rien, par ailleurs, des obligations d'un contribuable dans son pays de résidence fiscale.
Un écosystème d'entreprises concentré dans les zones franches
Les zones franches de Dubaï accueillent une grande partie des sociétés du secteur. Le DMCC, l’une des zones franches de l’émirat, revendique plus de 650 entreprises crypto dans son Crypto Centre, installé dans l'Uptown Tower. Ce chiffre est déclaré par le DMCC lui-même et concerne ses seuls membres.
Les licences de la VARA sont délivrées à des entités locales, souvent constituées sous forme de FZE (Free Zone Establishment), comme le montrent les noms inscrits au registre. Les grandes plateformes y logent leur activité régionale, distincte de leurs filiales européennes ou asiatiques.
Ce qui a changé depuis 2023
La première version de cette page, publiée en février 2023, décrivait une ville où la crypto « s'utilise au quotidien » et où ni les sociétés ni la consommation n'étaient taxées. Trois évolutions ont modifié ce tableau. L'impôt fédéral sur les sociétés s'applique depuis les exercices ouverts en juin 2023. La Banque centrale a restreint l'acceptation des actifs virtuels par les commerçants à partir du 31 août 2024. La VARA, enfin, est passée de l'élaboration de ses règles à leur application : licences accordées aux grandes plateformes en 2024, puis sanctions publiques contre des acteurs non agréés en 2025 et 2026.
À lire aussi : Chainalysis : économie crypto MENA.
Sources
- About VARAVirtual Assets Regulatory Authority (VARA) · Régulateur · primaire
- Virtual Assets and Related Activities Regulations 2023Virtual Assets Regulatory Authority (VARA) · Régulateur · primaire · 7 février 2023
- C. Prohibited Virtual AssetsVirtual Assets Regulatory Authority (VARA) · Régulateur · primaire · 7 février 2023
- Public RegisterVirtual Assets Regulatory Authority (VARA) · Régulateur · primaire
- EnforcementVirtual Assets Regulatory Authority (VARA) · Régulateur · primaire
- Payment Token Services Regulation (C 2/2024)Central Bank of the UAE · Régulateur · primaire · 31 août 2024
- TaxationPortail officiel du gouvernement des Émirats arabes unis (u.ae) · Source officielle · primaire
- Corporate taxPortail officiel du gouvernement des Émirats arabes unis (u.ae) · Source officielle · primaire
- Corporate TaxMinistère des Finances des Émirats arabes unis · Source officielle · primaire
- DMCC Crypto CentreDMCC · Source officielle · primaire
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