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Messagerie cryptée : comment Signal, Olvid, Telegram et les autres chiffrent les échanges

Toutes les messageries dites cryptées ne chiffrent pas de bout en bout, ni par défaut. Le point sur Signal, WhatsApp, Telegram, Olvid, Tchap, Session, Threema et les applications liées aux cryptomonnaies, d'après leur documentation officielle.

Publié le
· mis à jour le 11 septembre 2025
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6 min de lecture
Sources
17 sources
Top 6 des messageries cryptées et sécurisées

Une messagerie dite « cryptée » (le terme exact en français est « chiffrée ») protège le contenu des échanges par des clés mathématiques. La distinction qui compte est celle du chiffrement de bout en bout : seuls l'expéditeur et le destinataire détiennent les clés, et l'opérateur du service ne peut pas lire les messages. Un chiffrement « client-serveur », lui, protège le message pendant son transport, mais le serveur y a accès. Beaucoup d'applications revendiquent la sécurité ; peu appliquent le chiffrement de bout en bout à toutes les conversations, par défaut.

Chiffrement de bout en bout : ce qu'il couvre et ce qu'il ne couvre pas

Le protocole le plus répandu est le protocole Signal. Sa documentation technique décrit deux briques principales : X3DH (et sa version post-quantique PQXDH), qui établit une clé secrète partagée entre deux personnes à partir de leurs clés publiques, et le Double Ratchet, qui dérive une nouvelle clé pour chaque message, de sorte que les clés anciennes ne puissent pas être recalculées à partir des clés récentes. Cette propriété, appelée confidentialité persistante, limite les dégâts en cas de vol d'une clé.

Le chiffrement de bout en bout protège le contenu, pas tout le reste. Les métadonnées (qui parle à qui, quand, depuis quelle adresse IP), l'identifiant utilisé à l'inscription (souvent le numéro de téléphone) et les sauvegardes stockées dans un cloud restent des points d'exposition. Un téléphone compromis par un logiciel espion lit les messages après leur déchiffrement. Les applications se distinguent donc moins par la promesse de « sécurité » que par trois critères vérifiables : chiffrement de bout en bout activé par défaut ou non, données exigées à l'inscription, et quantité de métadonnées visibles par l'opérateur.

Signal : la référence du chiffrement par défaut

Signal applique son propre protocole à toutes les conversations, sans option à activer. L'application est éditée par une structure à but non lucratif : la Signal Foundation, créée le 21 février 2018 sous le statut américain 501(c)(3), avec un financement initial de 50 millions de dollars apporté par Brian Acton, cofondateur de WhatsApp.

Signal exige toujours un numéro de téléphone pour l'inscription. Depuis une mise à jour annoncée le 20 février 2024, ce numéro n'est plus visible par défaut des autres utilisateurs, qui peuvent être contactés par un nom d'utilisateur, et un réglage empêche d'être trouvé à partir de son numéro.

WhatsApp et Messenger : le protocole Signal chez Meta

WhatsApp a annoncé le 5 avril 2016 que tous les appels, messages, photos, vidéos, fichiers et messages vocaux, y compris dans les groupes, étaient chiffrés de bout en bout par défaut. Le même jour, Signal confirmait la fin de l'intégration de son protocole dans WhatsApp, pour plus d'un milliard d'utilisateurs mensuels.

Messenger a suivi plus tard. Meta a annoncé le 6 décembre 2023 le déploiement progressif du chiffrement de bout en bout par défaut pour les conversations et appels personnels, en s'appuyant sur le protocole Signal et sur son propre protocole Labyrinth. Le chiffrement y était auparavant optionnel depuis 2016. Dans les deux cas, le contenu est protégé, mais l'application appartient à un groupe dont le modèle économique repose sur la donnée, et les métadonnées restent traitées par Meta.

Telegram : un chiffrement de bout en bout seulement à la demande

Telegram est souvent présenté comme une messagerie cryptée, ce que sa propre documentation nuance. Selon la FAQ officielle, les conversations ordinaires (« cloud chats ») utilisent un chiffrement client-serveur et sont stockées chiffrées dans le cloud de Telegram : ce n'est pas du chiffrement de bout en bout. Seules les « conversations secrètes » le sont. Elles se lancent manuellement depuis le profil d'un contact, restent liées à l'appareil d'origine, ne se synchronisent pas et disparaissent à la déconnexion. Les groupes ne sont jamais chiffrés de bout en bout.

La politique de confidentialité de Telegram précise aussi qu'en cas de décision judiciaire valide visant un suspect dans une affaire criminelle, la société peut communiquer son adresse IP et son numéro de téléphone aux autorités.

Olvid et Tchap : les messageries de l'administration française

Olvid est une messagerie française qui fonctionne sans numéro de téléphone ni adresse e-mail. Son site officiel indique qu'elle ne requiert « aucune donnée personnelle » et affiche la certification de sécurité de premier niveau (CSPN) délivrée par l'ANSSI, l'agence nationale de la sécurité des systèmes d'information.

Tchap est la messagerie instantanée de l'État. Son site officiel la décrit comme conçue et gérée par l'administration française, réservée aux agents des administrations de l'État, fonctionnaires ou contractuels, et revendique plus de 600 000 utilisateurs. Elle repose sur le protocole ouvert Matrix, un réseau décentralisé et open source, et tous les messages privés y sont chiffrés de bout en bout.

Sans numéro de téléphone : Session et Threema

Session ne demande ni numéro de téléphone ni adresse e-mail, selon sa FAQ. Les messages transitent par un réseau décentralisé de routage en oignon, proche de Tor, de sorte qu'aucun serveur ne connaît à la fois l'origine et la destination d'un message. Le chiffrement repose sur le Session Protocol, bâti sur la bibliothèque cryptographique libsodium. Le projet est porté par la Session Technology Foundation, une fondation suisse.

Threema, édité par la société suisse Threema AG, attribue à chaque compte un identifiant unique et n'exige pas non plus de numéro ni d'e-mail, selon son site officiel, qui précise que ses serveurs sont exploités en Suisse.

Messageries liées aux cryptomonnaies : Status, Adamant, Dust

Plusieurs applications associent messagerie et portefeuille de cryptomonnaies. Status se présente comme une messagerie privée, un portefeuille Web3 et un navigateur réunis dans une même application. Elle annonce une messagerie décentralisée avec chiffrement de bout en bout, des clés conservées par l'utilisateur, un code source ouvert et une inscription sans numéro de téléphone, e-mail ni carte bancaire. Les échanges décentralisés de ce type s'appuient sur des protocoles pair-à-pair comme Waku, que sa documentation décrit comme une famille de protocoles de communication résistants à la censure, qui n'est pas une blockchain et ne stocke pas les messages à long terme.

Adamant est une messagerie construite sur sa propre blockchain, avec un portefeuille non custodial intégré et un code source ouvert. Elle utilise un jeton natif, l'ADM, qui sert à payer les frais du réseau et à rémunérer les délégués qui produisent les blocs, toutes les cinq secondes. Ce modèle implique de détenir un actif numérique pour utiliser la messagerie, avec le risque de volatilité qui l'accompagne.

Dust se décrit aujourd'hui comme une suite d'outils de sécurité numérique pour la communication privée, la recherche web et la protection contre l'usurpation d'identité ; son site ne présente pas l'application comme fondée sur une blockchain.

Le fait qu'une messagerie soit adossée à une blockchain ou à un jeton ne garantit pas, à lui seul, un meilleur niveau de confidentialité. Une blockchain publique est par nature consultable par tous : les métadonnées qui y sont inscrites peuvent être plus exposées que sur un serveur classique. Le critère reste le même que pour les autres applications : protocole documenté, code ouvert, audits publiés.

Les critères vérifiables pour comparer

  • Chiffrement de bout en bout par défaut : Signal, WhatsApp, Messenger (depuis fin 2023), Olvid, Session, Threema ; Telegram seulement en conversation secrète.
  • Inscription sans numéro de téléphone : Olvid, Session, Threema, Status ; Signal exige un numéro mais permet de le masquer.
  • Structure de l'éditeur : fondation à but non lucratif (Signal, Session), société privée (Olvid, Threema, Telegram), groupe publicitaire (Meta), administration (Tchap), communauté open source (Status, Adamant).
  • Évaluation indépendante : certification CSPN de l'ANSSI affichée par Olvid ; protocoles publiés et documentés pour Signal et Matrix.

Aucune de ces applications ne protège un appareil déjà compromis, ni des sauvegardes non chiffrées stockées dans un service de cloud. Le niveau de confidentialité réel dépend autant des réglages et de l'hygiène de l'appareil que du protocole.

Sources

  1. Signal Protocol SpecificationsSignal · Document · primaire
  2. Signal FoundationSignal · Source officielle · primaire · 21 février 2018
  3. Keep your phone number private with Signal usernamesSignal · Source officielle · primaire · 20 février 2024
  4. End-to-end encryptionWhatsApp · Source officielle · primaire · 5 avril 2016
  5. WhatsApp's Signal Protocol integration is now completeSignal · Source officielle · primaire · 5 avril 2016
  6. Launching Default End-to-End Encryption on MessengerMeta · Source officielle · primaire · 6 décembre 2023
  7. Telegram FAQTelegram · Source officielle · primaire
  8. Telegram Privacy PolicyTelegram · Source officielle · primaire
  9. Olvid, messagerie sécuriséeOlvid · Source officielle · primaire
  10. Tchap, la messagerie instantanée du secteur publicDINUM · Source officielle · primaire
  11. Matrix.orgMatrix.org Foundation · Source officielle · primaire
  12. Session FAQSession Technology Foundation · Source officielle · primaire
  13. ThreemaThreema AG · Source officielle · primaire
  14. StatusStatus · Source officielle · primaire
  15. Waku documentationWaku · Document · primaire
  16. ADAMANT MessengerADAMANT · Source officielle · primaire
  17. DUSTDust · Source officielle · primaire

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