Trading halal ou haram : ce que disent les textes et ce que valent les comptes islamiques
Le trading n'est ni permis ni interdit en bloc par la finance islamique : tout dépend de l'instrument et des conditions de l'opération. Le compte islamique proposé par les brokers ne règle qu'une partie de la question, celle des intérêts au jour le jour.
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- · mis à jour le 11 septembre 2025
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Avertissement. Le trading d'actions, de devises (forex), de CFD et d'options comporte un risque élevé de perte en capital. Les CFD sont des produits complexes : avec l'effet de levier, la majorité des comptes de particuliers perdent de l'argent. Cette page informe, elle ne constitue pas un conseil en investissement.
Le point de départ : commerce permis, intérêt interdit
La finance islamique repose sur une distinction posée par le Coran. Le verset 275 de la sourate Al-Baqara affirme que Dieu a permis le commerce et interdit l'intérêt, appelé riba. Acheter un bien pour le revendre plus cher relève du commerce. Prêter de l'argent contre une rémunération fixée d'avance relève du riba.
Un second principe, le gharar, désigne l'incertitude excessive sur l'objet ou les termes d'un contrat. Un contrat dont l'objet n'existe pas encore, n'est pas possédé par le vendeur ou dont le résultat dépend surtout du hasard est jugé suspect. À ces deux notions s'ajoute un filtre sur les activités : l'alcool, les jeux d'argent ou le prêt à intérêt sont exclus des investissements.
Ces principes ne disent rien, à eux seuls, du trading en ligne. Pour l'appliquer aux marchés modernes, les musulmans s'appuient sur des avis collectifs de juristes. Deux institutions font référence : l'Académie internationale du fiqh islamique, rattachée à l'Organisation de la coopération islamique, et l'AAOIFI, organisme établi à Bahreïn en 1991 qui publie des normes charia pour les banques et institutions financières islamiques.
Ce que l'Académie du fiqh a tranché sur les marchés financiers
Réunie à Djeddah du 9 au 14 mai 1992, l'Académie a adopté la résolution 63 (1/7) sur les marchés financiers. Ce texte reste la référence la plus citée sur le sujet. Il passe en revue les principales opérations de bourse.
Les actions
Acheter des actions d'une société dont l'activité est licite n'est pas en cause. La résolution pose en revanche que la participation à des sociétés qui recourent parfois à des opérations à intérêt est en principe interdite, même lorsque leur activité principale est licite. Ce point explique l'existence d'indices et de fonds dits « conformes à la charia », qui filtrent les sociétés selon leur endettement et leurs revenus d'intérêts.
L'achat à crédit et la vente à découvert
La résolution juge non permis l'achat d'actions financé par un prêt à intérêt du broker, gagé sur les titres achetés. C'est le mécanisme du compte sur marge. Elle juge aussi non permise la vente d'actions que le vendeur ne possède pas, contre la promesse du broker de les lui prêter au moment de la livraison. C'est la vente à découvert.
Les options et les contrats à terme
Les options sont rejetées : selon l'Académie, l'objet du contrat n'est ni une somme d'argent, ni un bien, ni un droit financier susceptible d'être cédé. Les contrats à terme dont la livraison n'est pas obligatoire, qui se dénouent par le paiement d'une différence de prix, sont jugés en principe non permis.
Les devises
Le change de devises est admis au comptant, à condition de respecter les règles classiques du change, qui exigent l'échange effectif des deux monnaies. Le change à terme est exclu par la même résolution.
Ce que cela implique pour le trading en ligne
Rapportée aux produits proposés aux particuliers, la grille de 1992 laisse peu de place à la plupart des offres courantes. Les CFD, qui représentent l'essentiel de l'activité des brokers de détail, sont des contrats sur différence : le client ne possède jamais l'actif et le contrat se dénoue par un écart de prix. L'effet de levier repose sur une avance du broker. La vente à découvert y est possible en un clic.
À l'inverse, l'achat au comptant d'actions de sociétés à l'activité licite, payé avec ses propres fonds et conservé en portefeuille, correspond au cas que les textes n'interdisent pas. L'écart entre ces deux pratiques compte davantage que le mot « trading » lui-même.
Le régulateur européen pose de son côté un cadre de protection, sans lien avec la religion. En 2018, l'ESMA a limité le levier des CFD pour les particuliers à 30 pour 1 sur les devises majeures et à 2 pour 1 sur les cryptomonnaies. Elle a relevé que 74 % à 89 % des comptes CFD de particuliers perdaient de l'argent selon les pays de l'Union.
Le compte islamique, ou compte swap-free
Un compte islamique, souvent appelé compte swap-free, supprime les intérêts prélevés ou versés lorsqu'une position à effet de levier reste ouverte d'un jour sur l'autre. Ces intérêts, appelés swaps ou frais de financement au jour le jour, constituent le point de friction le plus visible avec l'interdiction du riba.
Le dispositif a des limites qu'il faut lire dans les conditions de chaque broker. Chez eToro, par exemple, le compte swap-free n'est ouvert qu'aux clients de dix pays : Émirats arabes unis, Qatar, Oman, Bahreïn, Arabie saoudite, Koweït, Jordanie, Maroc, Égypte et Algérie. Il exige un dépôt minimal de 1 000 dollars. Les positions sur CFD conservées plus de sept jours y supportent des frais administratifs, qui ne s'appliquent pas aux actions, ETF et cryptomonnaies détenus en direct.
Trois constats en découlent. D'abord, un résident de France n'a pas forcément accès à ce type de compte, selon le broker et l'entité qui le sert. Ensuite, la suppression du swap s'accompagne souvent d'autres frais, administratifs ou intégrés à l'écart de prix. Enfin, le compte ne change pas la nature des produits négociés : un CFD reste un contrat sur différence à effet de levier, et une vente à découvert reste une vente de ce que l'on ne possède pas. Supprimer l'intérêt au jour le jour ne répond donc qu'à l'objection du riba, pas à celles que la résolution 63 formule sur les dérivés et la vente à découvert.
Le cas des cryptomonnaies
Les cryptomonnaies n'ont pas fait l'objet d'une décision définitive. Lors de sa 24e session, à Dubaï en novembre 2019, l'Académie a adopté la résolution 237 (8/24) sur les monnaies électroniques. Elle y constate que plusieurs questions restent ouvertes, notamment leur nature juridique (marchandise, actif numérique ou monnaie) et leur reconnaissance comme bien ayant une valeur. Elle demande des études complémentaires et souligne les risques importants et l'instabilité de ces actifs.
En l'absence de position collective, les avis publiés sur le bitcoin ou les autres cryptomonnaies émanent de juristes ou de conseils religieux nationaux, et divergent. Les principes généraux restent applicables : l'achat au comptant d'un actif détenu en propre se distingue des contrats à terme perpétuels, du trading à levier ou des produits de rendement à taux fixe proposés par certaines plateformes.
Une question qui relève d'abord des juristes
Les résolutions de l'Académie ne lient pas les fidèles comme une loi, et les écoles juridiques comme les conseils charia des institutions financières peuvent aboutir à des conclusions différentes sur un même produit. Les textes cités ici donnent un cadre écrit, daté et vérifiable. Pour un cas précis, les musulmans qui souhaitent investir s'adressent en général à un conseil charia ou à un juriste qualifié, et vérifient les conditions exactes du produit plutôt que sa seule appellation « islamique ».
Sources
- Sourate Al-Baqara, verset 275Quran.com · Document · primaire
- Resolution No. 63 (1/7): Financial Markets (Shares, Options, Commodities, and Credit Cards)International Islamic Fiqh Academy · Source officielle · primaire · 14 mai 1992
- Resolution No. 237 (8/24): Electronic CurrenciesInternational Islamic Fiqh Academy · Source officielle · primaire · 6 novembre 2019
- Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial InstitutionsAAOIFI · Source officielle · primaire
- Swap-Free AccounteToro · Source officielle · primaire
- ESMA agrees to prohibit binary options and restrict CFDs to protect retail investorsESMA · Régulateur · primaire · 27 mars 2018
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